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| Aleister Crowley, fondateur de sa propre religion et de son O.T.O. muté, fut — et demeure — un fétiche pour beaucoup. Le disciple de Crowley Grady Louis McMurtry s’adapta visuellement à l’aspect « Orientis » de son Ordo Templi Orientis. Il devint membre d’un groupe sikh fondé par Siri Singh Sahib Harbhajan Khalsa, alias Yogi Bhajan. Le sikhisme est une religion monothéiste qui conserve certains éléments hindous, comme la réincarnation et le karma. Le système des castes, en revanche, y est rejeté, tout comme le culte des idoles. Les Sikhs se reconnaissent à leurs turbans et à leurs cheveux, y compris la barbe, qui ne sont jamais coupés. La réputation des Sikhs comme guerriers particulièrement courageux remonte au XVIIe siècle. L’armée britannique les privilégia pour le recrutement, et, durant la lutte de l’Inde pour l’indépendance, on les retrouva des deux côtés du conflit. Aujourd’hui encore, ils sont considérés comme l’épine dorsale de l’armée indienne. En 1984, Indira Gandhi fut assassinée par ses gardes du corps sikhs, en représailles à l’assaut lancé contre le Temple d’Or d’Amritsar, occupé par des fondamentalistes sikhs réclamant un État-nation séparé. L’aspect martial de la personnalité de McMurtry transparaît également : il s’était engagé volontairement dans l’armée et servit à la fois pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant la guerre de Corée. Plus tard, en allusion à une lettre que Crowley lui avait envoyée en Belgique, où il était stationné en 1944, McMurtry affirme :« Je suis Calife parce que je suis soldat. »[2] Crowley, pour sa part, se complaît dans les thèmes arabes et musulmans ; les rituels qu’il écrivit pour son O.T.O. semblent peuplés de personnages tout droit sortis des contes des Mille et Une Nuits. De grands événements cérémoniels sont mis en scène ; ils sont saturés d’une atmosphère de secret produite par un mélange d’ingrédients ; tous les atours et symboles que la franc-maçonnerie emploie depuis des temps immémoriaux servent eux aussi à solliciter les sens. D’étranges insignes, de longs rubans et tuniques noires flottent dans de solennels actes d’initiation ; on entend d’étranges coups frappés ; des missions et des assignations sont prononcées, dont le but demeure caché. Parfois, les initiés de l’O.T.O. ont les yeux bandés. Des actes diffus de consécration, des vapeurs doucereuses et écœurantes, une nudité partielle et une musique emphatique créent une atmosphère étouffante qui suggère aux participants que l’O.T.O. a peut-être quelque chose à voir avec la magie sexuelle. Turbans, tentes, piliers font partie du répertoire ; il y a là une orientalisation de l’Occident, qui réduit pourtant l’Orient à une identité culturelle d’arrière-plan.[3] Au cours d’autres rituels, on exhibe fouets et armes, cuir, « accessoires sexuels » et uniformes. Je possède un film d’un rituel de Crowley célébré par le Califat à New York. On y remarque des accessoires supplémentaires. Une femme en bikini danse sur un cercueil. Il s’ouvre, et il n’en surgit rien moins qu’un Jésus-Christ entièrement grimé. Cependant, la plupart des rituels d’initiation de l’O.T.O. ne vont guère au-delà de ce type de jeu de rôle pour adultes. Il en va de même des rituels de la Fraternitas Saturni. Afin de maintenir des émotions désexualisées, la libido se concentre sur le décor, c’est-à-dire sur les rites. D’où l’attention particulière accordée aux rituels d’initiation. Une fois encore, le stéréotype classique entre en jeu : l’O.T.O. est la mère, Crowley le père. Les membres aiment l’ensemble — autrement dit les rituels — comme ils désirent une relation mère-enfant idéalisée. D’où aussi la force visible des sentiments d’insulte venant du père perçu comme agressif (Crowley ou les critiques, selon le point de vue) : la menace de castration rôde. |
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| Il faut des cercles magiques pour faire apparaître anges ou démons. Le magicien se tient dans un cercle et l’ange doit apparaître dans l’autre. |
The Devil Rides Out, Hammer Film Productions, 1967. Aleister Crowley fut conseiller technique auprès de Dennis Wheatley pour son livre The Devil Rides Out. Christopher Lee proposa aux dirigeants de Hammer le livre de son ami Wheatley comme matériau idéal. Richard Matheson fournit le scénario et le film de Terence Fisher améliora largement le livre. |

Les rituelsL’importance des rituels d’initiation ne doit pas être sous-estimée. Ils représentent souvent l’amour maternel (l’ordre est la mère, le chef est le père), et lorsqu’il s’agit de les défendre, on sort l’artillerie lourde. Par exemple : il n’est même pas permis de proposer à la vente d’occasion sur Amazon ou eBay l’un des livres contenant ces rituels. Les menaces de poursuites judiciaires suivent immédiatement. « Fahrenheit 418. »[4] Cela renforce l’aspect fétiche — et augmente par conséquent le prix de ces livres.Les passages suivants font partie de la déclaration de consentement que le Califat exige pour l’admission aux rituels : « Je comprends que tout est mis en œuvre pour réduire au minimum les risques existants inhérents à la nature de certaines activités concernées, grâce à l’utilisation d’un équipement approprié, de lieux sûrs et de pratiques de sécurité adéquates. Je comprends toutefois que ces risques ne peuvent être totalement éliminés. Je comprends qu’en tant que participant aux cérémonies d’initiation et aux autres activités de l’Ordo Templi Orientis, je pourrais subir des blessures corporelles. En raison de la nature de ces activités, ces blessures peuvent aller de mineures à fatales. Parmi les blessures corporelles spécifiques qui ne sont pas rares dans des activités comparables figurent : Arrêt respiratoire ; insuffisance cardiaque ; accident vasculaire cérébral ; blessures au cou et à la colonne vertébrale (susceptibles d’entraîner une paralysie) ; fractures ; coupures et lacérations ; saignements ; lésions oculaires (pouvant entraîner la cécité) ; convulsions ; perte de connaissance ; écorchures ; évanouissements ; maladie soudaine ; crampes ; essoufflement ; noyade ; et contraction de maladies transmissibles. Il existe en outre un risque d’accident ou de maladie lors des déplacements vers et depuis les événements. Je comprends également qu’en participant aux activités de l’Ordo Templi Orientis, je pourrais subir des préjudices non corporels, notamment — sans s’y limiter — des préjudices émotionnels, psychologiques et sociaux, ainsi que des pertes ou dommages matériels. Je comprends que la liste ci-dessus n’a pas pour but d’énumérer toutes les blessures possibles, mais plutôt de m’informer du type de risques inhérents à ma participation aux activités de l’Ordo Templi Orientis, afin que je puisse choisir librement d’y participer ou non. Par la présente, j’affirme participer volontairement à tout ou partie des activités de l’Ordo Templi Orientis, en pleine connaissance des risques potentiels qu’elles comportent, y compris les risques de blessures corporelles, émotionnelles, psychologiques et sociales, de dommages matériels et de mort, et j’accepte tous ces risques. J’accepte de dégager de toute responsabilité et de tenir indemnes l’Ordo Templi Orientis, l’Ordo Templi Orientis U.S.A., ainsi que leurs agents, bénévoles, dirigeants, employés et administrateurs, pour toute blessure corporelle, émotionnelle, psychologique ou sociale, tout dommage matériel ou tout décès résultant de ma participation aux activités de l’Ordo Templi Orientis. J’accepte également de préserver la confidentialité des cérémonies religieuses privées d’initiation de l’Ordo Templi Orientis et des documents qui s’y rapportent. J’accorde cette décharge et cette indemnisation en échange de la possibilité de participer aux activités de l’Ordo Templi Orientis. Je certifie avoir lu cet accord, qu’il m’a été expliqué, et que je peux ainsi renoncer à certains droits légaux dont je disposerais autrement. Je reconnais avoir au moins dix-huit (18) ans. »[5] Aux candidats potentiels au VI°, il est demandé « de nous avertir immédiatement si l’une des conditions suivantes est remplie :
La question du danger que posent les rituels de l’O.T.O. se pose d’elle-même, bien qu’ils soient en eux-mêmes plutôt inoffensifs et comprennent, par exemple, de légères incisions rappelant les rituels de fraternisation des scouts. En 2005, j’en ai discuté avec Bill Heidrick. Si une urgence psychologique survient au cours d’une initiation, disait-il, celle-ci doit être immédiatement interrompue et une aide professionnelle recherchée. J’ai évoqué les souvenirs de torture et de sévices — les flashbacks — qu’une initiation pourrait déclencher chez des membres venus de zones de guerre. J’ai également mentionné les phobies, c’est-à-dire des peurs constantes et sans fondement de situations ou d’objets particuliers, ainsi que les personnes souffrant de troubles post-traumatiques, qui revivent chroniquement un moment stressant provoqué par une expérience réelle induisant généralement une peur mortelle. Il fut évasif lorsque je lui demandai si les officiants étaient suffisamment formés pour repérer une menace psychologique imminente chez ceux qui allaient être initiés, ou correctement équipés pour faire face à une urgence pendant les rituels. Il se contenta de dire que toutes les urgences étaient « évidentes » et insista pour clore le sujet. Il y a quelques années, en Allemagne, une femme iranienne fut initiée dans l’O.T.O. Au cours du rituel, elle se souvint avoir été torturée dans son pays d’origine.[6] Il est possible qu’il s’agît du I°, durant lequel on doit s’asseoir dans l’obscurité, dans l’eau, afin de renaître. Le rituel fut immédiatement interrompu. Des histoires semblables sont racontées par des membres ayant servi dans les guerres d’Irak ou dans les régions de l’ex-Yougoslavie. Il s’agit ici du syndrome de stress post-traumatique. Deux opinions coexistent au sein du Califat : Heidrick attribue en général un caractère thérapeutique aux rituels initiatiques, en faisant valoir qu’ils furent conçus par des francs-maçons à une époque « historiquement très troublée. » D’autres membres de hauts grades de l’O.T.O. admettent toutefois que les rituels n’ont jamais produit d’effet thérapeutique. Au contraire :« Je pourrais vous raconter des dizaines d’histoires d’horreur ayant laissé aux initiés des souvenirs épouvantables qui pourraient très bien nécessiter une thérapie pour être durablement corrigés. »[7] En 2008, le Califat accepta au moins d’initier les prêtres et prêtresses officiants de la Messe gnostique aux principes des « catégories diagnostiques psychiatriques et des approches élémentaires de l’évaluation des questions de maladie mentale et de dépendances chimiques ». Ils envisagent aussi des « outils pour le travail d’intervention de crise, l’accompagnement du deuil, le conseil en résolution des conflits et les questions de sexualité. » Pour atteindre cet objectif, la « Psychology Guild » crée ce qu’elle appelle des Pastoral Counselling Workshops.[8] Bien entendu, en cas d’urgence, il faut appeler immédiatement la police. Dans les rituels initiatiques de l’O.T.O., il existe un moment analogue de consommation de sang, comme cela aurait été pratiqué dans un certain rituel maçonnique de hauts grades au moins jusqu’en 1932. Si l’on en croit le franc-maçon Karl R.H. Frick, la personne initiée au XI° —[9] le « Highly Enlightened Chosen Fellow » du système de la Grande Loge nationale des francs-maçons d’Allemagne — buvait en effet, dans une fiole de cristal, le sang prélevé au pouce incisé de ses frères.[10] Dans le rituel du III° de l’O.T.O., l’initié boit un peu de sang et de laudanum dans un calice. Dans le rituel K.E.W. (Chevaliers d’Orient et d’Occident — sorte de grade intermédiaire entre le IV° et le V°) — le candidat laisse tomber quelques gouttes de sang sur un morceau d’étoffe. Dans le V°, le candidat doit se faire tatouer une rose sur la poitrine. Dans le VI°, on incise une croix de saint André dans le bras du candidat et l’on recueille le sang dans un calice. Il existe des rites de sang chez les Thélémites même hors du contexte des initiations de l’O.T.O. Crowley conçut la Messe du Phénix. Malgré le dégoût des Thélémites pour la chrétienté et leur combat contre l’expression Messe noire, censée n’être qu’une simple parodie dénigrante de la messe catholique, la Messe du Phénix ne manque à mes yeux d’être une parodie que d’un cheveu. Saint soit ton nom, sans souillure ! Ton règne est venu ; que ta volonté soit faite. Voici le pain ; voici le sang. Conduis-moi à travers minuit jusqu’au Soleil ! Sauve-moi du Mal et du Bien ! Que ta couronne unique de tous les Dix soit mienne, ici et maintenant. AMEN. » Ensuite, on incise un signe magique dans sa poitrine avec un couteau rituel, on y presse le Gâteau de Lumière préparé selon la recette de magie sexuelle pour qu’il absorbe le sang, puis on le mange. tandis que je m’enflamme moi-même par la prière : Il n’y a pas de grâce ; il n’y a pas de faute : Telle est la Loi : FAIS CE QUE TU VOUDRAS ! »[11] |
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Davantage de sang et de sperme coulent encore dans des rituels de Crowley qui n’ont eux aussi presque rien à voir avec l’O.T.O., par exemple le Liber LXVI Stella Rubeae.[12] En outre, des fétiches visuellement associés à la sexualité attirent l’attention. Le sperme ne ressemble-t-il pas un peu à l’ectoplasme — quelque chose d’inexplicable qui sort des orifices du corps et que l’on voit sur de très anciennes photographies ? Les reliques de contact et les reliques corporelles occupent elles aussi une place de choix. Les reliques corporelles sont des particules du corps d’un saint ; les reliques de contact, des objets ayant été en contact avec un saint. Ainsi surgit même l’idée de piller la tombe du fondateur de l’O.T.O., Theodor Reuss, afin de s’emparer de son crâne comme d’une puissante relique magique.[13] En Suisse, l’ours en peluche de Hermann Joseph Metzger, les chaussures qu’il portait, les assiettes qu’il utilisait enfant, son fez et la baguette magique de ses longues années de scène peuvent être admirés derrière une vitre dans le musée de l’O.T.O. suisse Photo à gauche : Friedrich Mellinger : « Zeichen und Wunder », Berlin, 1933, photo-page 46. |
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Un autre type de fétichisme apparaît lorsque ce que l’on appelle satanisme et Crowley sont projetés sur un mélange de profanations de cimetières, de crimes rituels, de heavy metal et de black metal. Dans le courant dominant, ce genre de fétichisme est particulièrement chéri : experts autoproclamés, journalistes et public largement mal informé s’y complaisent. Jouer avec des fantasmes généralement violents, et surtout avec les rites de sang et de mort, est très populaire. Bien sûr, la perspective du scandale médiatique qui s’ensuit devient elle aussi un fétiche pour tous ceux qui y participent. Ici affleure le troisième thème : la construction d’une identité par le stigmate. Mais auparavant, brièvement, une autre idée : Schizophrénie auto-induite... « Son et vision en transe », bien que je ne reprenne pas vraiment cette expression, car elle rappelle l’idéologue nazie Mathilde Ludendorff qui, en 1933, croyait avoir flairé un nid de rats, celui de la « folie induite par les enseignements occultes » au sein de l’O.T.O.[14]En bref : nombre d’occultistes, en particulier les crowleyens, s’efforcent de créer de nouvelles réalités ou d’entrer en contact avec des réalités alternatives. L’occultiste visant une schizophrénie auto-induite se prescrit en quelque sorte la description de ses propres symptômes. Similia similibus curantur. On force l’apparition de symptômes de la schizophrénie classique, dans l’espoir de se transformer en homo superior. Les mots-clés : symptômes ressemblant à ceux d’une psychose affective, d’une dépression endogène, de maladies organiques du cerveau ou de psychoses associées à l’épilepsie du lobe frontal. Ce ne sont pas les troubles psychiques internes de la schizophrénie classique (par exemple le trouble de la pensée, la faiblesse du moi, l’invasion de la conscience par les processus primaires, etc.) qui sont recherchés, mais plutôt des processus influençant le modèle relationnel conformément à l’intention de l’occultiste, afin que tout se produise « sous la volonté ». Les occultistes veulent recevoir des visions et entendre des voix. Ils semblent accueillir volontiers l’usage de drogues, du yoga ou de tout autre moyen d’altération de la conscience ou hallucinogène.[15] Ils développent une véritable fringale d’entendre des voix et de recevoir des visions. Partons des schèmes relationnels sur lesquels repose la vie d’un schizophrène auto-induit : la kabbale, l’illusion que tout est lié à tout, que tout est identique. Les schizophrènes auto-induits ont besoin de vivre dans un monde où la suite des événements se déploie d’une manière qui rende leur comportement de communication extraordinaire compréhensible et leur permette de trouver des partenaires de communication. La schizophrénie auto-induite vise, après tout, à produire du sens. En outre, ils souhaitent partager leurs expériences quotidiennes, lesquelles peuvent inclure la convergence kabbalistique entre une forme de vie extraterrestre et une tomate (parce que, peut-être, le terme « extraterrestre » porte la même valeur numérique kabbalistique que le mot « tomate »). Évidemment, cela perturbe la communication avec ceux qui ne participent pas à ces schèmes, par exemple les non-occultistes. Pourtant, le désir d’être d’une manière ou d’une autre relié au reste du monde — et d’être remarqué — demeure. S’ensuit une resocialisation par le choix de construire une identité fondée sur le stigmate. |
Resocialisation. Identité par le stigmateIci, je parle du rôle que la société assigne aux occultistes : ils deviennent des satanistes, des outsiders, des hors-la-loi, des fous, des cobayes pour les universitaires, des personnages dangereux pour les experts et les journalistes, et, plus généralement, une obscure menace pour la population. Chaque occultiste est plus ou moins conscient de ces assignations et s’y identifie donc plus ou moins consciemment, ou bien flirte avec la rébellion contre ces rôles imposés. Pourtant, il demeure aussi incapable de s’en détacher que Crowley et Thélema ne parviennent pas à se défaire de la chrétienté honnie. Dès que ces rôles sont acceptés et que l’institutionnalisation et la formalisation commencent à co-déterminer l’expérience, la tendance à l’isolement s’intensifie dans la vie des occultistes. Les rituels consolident le sentiment d’aliénation et celui-ci commence à se figer. Ce processus de gel suit le rythme de l’adaptation exigée par la société, voire se transforme en substitut de cette adaptation.Il en résulte un effet d’écho entre les occultistes et la société, et chacun — eux comme leurs critiques — campe davantage sur ses positions. Plus les occultistes sont imaginés comme étant là dehors, plus les experts et les journalistes considèrent leur propre identité comme validée, et inversement. Dans le bassin de croyances nourri de complots hallucinés, le fait se rétrécit et se dissout dans un tourbillon d’informations manipulées, écrites sur l’eau et prises par tous les intéressés pour un sol ferme. En raison de la rigidité croissante des attitudes et de la perte de toute dimension ludique, les parties adverses apparaissent figées. Les rituels de l’O.T.O. semblent ridicules et vides ; les experts et les journalistes, fanatiques et obstinés — à moins qu’ils ne soient eux-mêmes des occultistes de placard préparant leur religion ou leur ordre pour le grand public ou pour l’université. En 1994, Claudia Kowalchyk entreprit une recherche d’un an dans la loge new-yorkaise de l’O.T.O., puis rédigea « A study of two ‘deviant’ religious groups: The Assemblies of God and the Ordo Templi Orientis ». Remarque : cette étude académique n’examine que le Califat à New York. Le résultat peut se résumer ainsi : les membres sont majoritairement blancs, bien éduqués, élevés dans le catholicisme romain, sans enfants, et ont en moyenne 36 ans. Leur passage dans cet O.T.O. ne dure en moyenne que six ans et demi, et l’on y trouve significativement plus d’hommes que de femmes. Certaines femmes, marquées par les conséquences d’abus sexuels, découvrent que c’est seulement dans ce groupe de l’O.T.O. que leur détresse est reconnue. Beaucoup de membres ont connu une enfance misérable et trouvent une sorte de thérapie au sein de l’O.T.O. Certains parviennent même à abandonner leurs habitudes toxicomanes grâce à leur adhésion. Voilà, en version fortement abrégée, les résultats de l’étude de Kowalchyk, qui soutient aussi que l’optimisme des Thélémites a soulagé la souffrance liée à leurs peurs existentielles[16] À la place du sentiment d’isolement par rapport à la société, l’adhésion à l’O.T.O. offre une forme de protection à l’intérieur même de la stigmatisation. Le non-conformisme fonctionne comme un bouclier contre elle. Au sein de cette microsociété qu’est l’O.T.O., on demeure partie prenante de la société, tandis que ceux qui stigmatisent sont regardés comme inférieurs et de moindre valeur : autorités, médias ou collègues de travail.[17] Selon les recherches de Mme Kowalchyk, l’O.T.O. attire avant tout de jeunes gens issus de foyers parentaux problématiques, marqués par des relations difficiles et par des habitudes de drogue, qui se présentent aussi comme des hors-la-loi autoproclamés, tout en acceptant entièrement les limites de l’ordre juridique étatique et en fonctionnant en conséquence. Rejoindre l’O.T.O. peut satisfaire le désir de remplir le rôle du hors-la-loi ou de confirmer cette identité autoproclamée.[18] L’intérêt public pour les activités de l’O.T.O. se manifeste dans de nombreuses publications qui soulignent, par exemple, les déclarations antidémocratiques et antisémites présentes chez Crowley, ainsi que des passages susceptibles de troubler « la paix religieuse. »Certains jeux de rôle — comme la crucifixion d’une grenouille prescrite pour l’initiation au VI° — pourraient contrevenir à la législation sur la protection des animaux. Avec la diffusion de drogues particulières et exotiques, la « Bible » de Crowley défie au moins le droit pénal dans la plupart des pays, et l’usage des Gâteaux de Lumière contenant du sang frais frôle les dispositions destinées à endiguer les maladies contagieuses. Pire encore, certains textes prônant une liberté sexuelle totale, y compris l’éducation sexuelle correspondante des enfants, ouvrent les vannes à[19] des fantasmes d’actes sexuels qui sontinterdits par la majorité des systèmes judiciaires. Mme Kowalchyk soutient également que Thélema fonctionne en partie comme une thérapie réussie pour un certain nombre de problèmes. Les membres issus de foyers parentaux difficiles se voient offrir un accroissement immédiat de pouvoir, mais aussi une identité au sein d’une communauté d’élus partageant les mêmes vues. Ils reçoivent la confirmation de ce dont ils avaient, d’une certaine manière, conscience depuis l’enfance : appartenir à quelque chose de meilleur, de spécial, de supérieur et de singulier. Ils sont fiers d’être membres de l’ordre. Le stigmate volontairement choisi de la communauté O.T.O. est cultivé, le rôle de l’incompris et de l’exclu savouré, l’image du bad boy choyée. Au bureau, on se contente de se mordre la langue lorsqu’on se fait réprimander par le patron. Chez soi, dans le temple, on évacue les désagréments du quotidien en les conjurant dans des rituels magiques ou en les discutant avec un être surnaturel qui, en échange, livre de mystérieuses déclarations.[20]
Claudia Kowalchyk, A study of two 'deviant' religious groups. The Assemblies of God and the Ordo Templi Orientis, NY 1994. Quotations: Pages 444 (table 1), 27, 55, 93, 103, 208, 209, 283, 302, 393. À mon avis, le concept de Thélemaattire des personnes dotées d’une image de soi exagérément positive, d’une inclination à l’auto-aveuglement (homo est deus) et d’un désir de perfection teinté de martialité (car seuls les plus forts survivront).[21]
[From 'Noch Mehr Materialien Zum O.T.O.'] La réalité voilée au sein de laquelle vivent de nombreux Thélémites — c’est-à-dire leur milieu socialement et culturellement déficient — les pousse à s’identifier à Crowley, à qui l’on peut difficilement, et sans grand secours de l’imagination, attribuer une personnalité cohérente. Identification avec le fondateur d'une religion dont la bible préconise l'absorption « vin et drogues étranges, » qui trouve l’exaltation religieuse en consommant du sperme dans les saunas, se nourrit de sa propre biographie, saturée de problèmes d’ego, de sexe et de drogue. À l’instar d’autres religions nouvelles non mentionnées ici, la terminologie de la vision du monde thélémite vise à l’élimination de la pensée rationnelle et de la conformité sociale. Il semble presque que cette forme de camouflage en soit le véritable sens, ou, comme ils disent :« la méthode de la science, le but de la religion. »
![]() L’idée de thérapie dans le contexte de l’O.T.O., si elle s’applique tant soit peu, pourrait concerner l’adaptation à la norme sociale. Les Thélémites de l’O.T.O. parlent de famille,[22] des devoirs, des privilèges et l’envie de faire du monde un endroit meilleur (par autant de sexe que possible, comme me l’a dit personnellement un IX°). Pourquoi donc les Thélémites sont-ils alors si follement préoccupés par l’invocation de démons, par des dieux égyptiens donc parfaitement morts, et pourquoi accomplissent-ils des rituels rappelant les prestations des enfants de la Famille Addams dans de mauvaises productions scolaires ? Tout cela semble relever de stéréotypes verrouillés.[23] Comme ce que Nietzsche, admiré par des Thélémites, avait reproché à la culture occidentale : le vide de sa propre culture se remplit d’habitudes exotiques, d’arts, de philosophies, de religions et de sciences. Les occultistes sont des encyclopédies ambulantes dans leur propre univers. Partout où l’argent et les possessions ne comptent plus comme capital, c’est la connaissance des techniques occultes qui en tient lieu. Thélema, système complexe et élitiste, flatte l’intelligence des Thélémites et élève leur statut et leur estime d’eux-mêmes. L’occultisme moderne est un produit des médias de masse, internet compris, et chaque énoncé sur l’occultisme est surveillé de près par les occultistes eux-mêmes aussi bien que par leurs observateurs. Toutes les activités comportent ainsi un flirt constant avec l’idée de publication, d’audience et d’auto-mise en scène. Les fétichistes de la science bloquent souvent les questions sexuelles ou liées à la drogue lorsqu’ils traitent du mode de vie et des motivations des occultistes. En réalité, observateurs de sectes et scientifiques aident les magiciens sexuels et les spermo-gnostiques à refouler de nouveau la sexualité dans l’inconscient. L’irrationalité se trouve ainsi mystifiée et soustraite à la réflexion, puisque les concepts irrationnels échappent aux recettes sèches du monde académique.[24] Les observateurs de sectes, souvent scientifiques autoproclamés, peuvent eux aussi choisir dans un répertoire plus large de rôles proposés par la société. Encore doivent-ils reléguer la menace de la sexualité à l'inconscient. Il me semble qu’elle est alors remplacée par ce que l’on appelle le satanique. La relégation dans l’inconscient — autrement dit l’entretien d’idées mégalomaniaques et de délires de grandeur — ne produit pas seulement des manipulations de la perception, elle peut aller jusqu’à déléguer la rédaction d’études sur le sujet à des initiés. Tenir la patate chaude, c’est se brûler les doigts. C’est ce qui est arrivé à l’éditeur d’une encyclopédie sur les évêques gnostiques. Ses réponses à mes questions sur le contenu passèrent de l’esquive au franchement bizarre, jusqu’à ce qu’il admette enfin que ses étudiants avaient tout bricolé. Voici la réponse d’une autre personne à ma question de savoir si elle avait lu mon ouvrage principal :[25] « Non, je suis désolé de dire que je n’ai pas lu votre livre, mais je l’ai au moins acheté, ce qui est important (pour l'éditeur). » Cela, après que ladite personne eut publié une longue recension précisément de ce livre ! Il semble donc parfaitement normal que des comptes rendus ou des préfaces soient rédigés comme des services rendus, tandis qu’en privé leur auteur admet soit qu’il ne s’intéressait pas au sujet, soit qu’il est dans le déni. Je connais un professeur assez célèbre qui a loué son nom contre une forte somme afin qu’un ouvrage de référence contemporain s’en pare pour accroître son prestige. Jeu de rôleJe voudrais maintenant illustrer les rôles des personnes impliquées. Partons du premier ouvrage de Leo Navratil sur la schizophrénie et l’art (Alfred Bader et Leo Navratil : « Zwischen Wahn und Wirklichkeit », Verlag Bucher, Lucerne et Francfort, 1976). Il y décrit ses patients vivant dans un système altéré de perception religieuse et d’autoréférence. Cela a peu à voir avec l’anamnèse ou l’évaluation du cas. L’aspect religieux n’est qu’une expression possible du trouble, non le trouble lui-même.Aux victimes d’abus rituels, il faut se garder de l’erreur consistant à déclarer que l’expression du trouble (en fait le contrepoids censé rétablir le meilleur ordre possible) est le trouble lui-même. Pas plus que le dessin d’un schizophrène n’est la maladie. Construisons un exemple : dans une crise, une personne schizophrène dessine un tableau dans lequel elle copie Brigitte Bardot d’après une image parue dans un magazine. Peu importe ce que l’observateur pense de Bardot : elle n’est ni la cause de la schizophrénie, ni le déclencheur de la crise, ni le trouble schizophrénique lui-même. Mais c’est précisément à ce type de confusion que certains experts et journalistes semblent succomber. Ils ne reconnaissent pas qu’un trouble psychique cherche diverses voies d’expression. Au lieu de cela, ils convertissent l’expression, prise au pied de la lettre, en cause du trouble, lequel pourrait en réalité être la conséquence d’un traumatisme. L’expression n’est pas une preuve de ce genre de traumatisme. Elle ne prouve pas non plus que le traumatisme ait été causé par des satanistes. C’est le travail des experts de fournir les faits sur Brigitte Bardot ou sur l’O.T.O., et celui des journalistes d’en rendre compte sans préjugés. Il incombe à la police et à la justice d’enquêter sur les crimes — s’il existe des indices en ce sens. |

Source : Keith Taylor, http://www.93gamesstudio.com
Notes de fin[1] Basé sur Andreas Huettl, Peter-R. König: « SATAN — Jünger, Jäger und Justiz », Grosspösna 2006. Voir la page 195, 330, entre autres. https://www.parareligion.ch/hispeed/English.html. [2] https://www.parareligion.ch/white.htm#_edn33. [3] Voir aussi https://www.parareligion.ch/mcdonald.htm. [4] https://www.parareligion.ch/dplanet/or/or9b.htm. [5] « Consentement éclairé, libération et indemnité », (version du 13.4.2011) Les petits enfants ne deviennent pas membres de l’O.T.O. Les enfants ne sont pas initiés parce qu’ils n’ont pas encore l’expérience complète d’une enfance achevée. Pour eux, les rituels ne seraient guère plus qu’une sorte d’excursion avec leurs parents, donc sans le véritable caractère d’une initiation. [6] Comme beaucoup de rituels maçonniques et pseudo-maçonniques, ceux de l’O.T.O. de Crowley contiennent eux aussi des serments de mort et des passages susceptibles d’être qualifiés de psychodrame ou effrayants, les « officiants » sont invités à réagir à ces passages avec un « rire contagieux. »Email non daté de William Heidrick, qui aime aussi invoquer les conséquences astrales et karmiques d’une violation du serment — autrement dit la mort douloureuse de Karl Germer, https://www.parareligion.ch/sunrise/book.htm. [7] Jerry Cornelius, Email, 15.10.2005. [8]« Neshamah » I;2, Sacramento, mars 2008, et sa mention dans « An Introduction to Pastoral Counseling in E.G.C./O.T.O. Settings » par David G. Shoemaker sur http://lib.oto-usa.org/, Agapé, vol. 10;1. [9] Non identique au IX° de l’O.T.O. [10] Karl R.H. Frick: « Das Reich Satans. Satan und die Satanisten 1 », Graz, 1982, page 224 et pages suivantes. [11] http://www.ashami.com/ eidolons/A_Guide_to_the_ Office_of_Deacon, http://www.bibliotecapleyades. net/crowley/lies/47.htm. [12] Cette instruction rituelle, élaborée en 1913, contient une ligne finale qui semble presque tomber hors contexte : « Aucun son ne sera entendu, sinon ton rugissement de lion dans le ravissement ; oui, ton rugissement de lion dans le ravissement. » http://sacred-texts.com/oto/lib66.htm. La formule renvoie peut-être à la posture du lion dans le Hatha-Yoga (Simhasana), ou bien constitue une allusion ironique à la première épître de Pierre 5;8 : « Soyez sobres, veillez. Votre adversaire, le diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui dévorer. » [13] « Continuez d’essayer de découvrir où T. Reuss est enterré. » « Si nous pouvons trouver sa tombe, la déterrer, récupérer le crâne et quelques os, puis les rapporter à la G.L. [Grande Loge], une grande puissance se manifestera dans tout l’ordre. » Christopher Dietler / Zardoz à Walter Jantschik, lettres des 2.6.1983 et 18.3.1983. [14] Première édition 1933 ; réimpression, Pähl, 1970. Critiquant la liste des saints cités dans la Messe gnostique de Crowley, Mme Ludendorff touche également au contexte du fétichisme : « Il suffit ici de rappeler — comme partout dans les enseignements occultes, et ici également — que ceux qui s’étonnent encore de ce qui est dégoûtant, impudent ou absurde sont “humiliés” au moyen d’une liste de grands noms du passé, censés avoir appartenu à l’ordre. Exactement comme dans l’Église chrétienne et dans la franc-maçonnerie, on leur suggère alors : “Voulez-vous être plus grands qu’eux, plus sages que ces grands hommes qui y ont cru ?”, disent les prêtres ; et c’est cela que la liste est censée affirmer. Humblement, la victime commence à préférer douter de ses propres valeurs plutôt que des enseignements auxquels tant de grands hommes, tant de nobles esprits auraient cru. Ainsi, comme dans les loges maçonniques, une longue série de tels hommes est fièrement énumérée dans l’O.T.O. : des hommes qui peut-être n’en ont jamais fait partie, ou qui furent surpris, liés par des serments, et ne purent “retirer leur nom du livre”, comme le prescrivent presque toujours ces ordres secrets. Avant que ne commence la communion blasphématoire, le doyen nomme les grands sages de tous les siècles qui auraient prétendument appartenu à l’ordre. Parmi les Allemands sont cités “Wolfgang von Goethe, Ludwig, roi de Bavière, Richard Wagner, Ludwig von Fischer, Friedrich Nietzsche”. Évidemment, la communauté ne peut vérifier où commence la fable, et s’admire elle-même de se trouver en si illustre compagnie. Voilà qui est de la plus haute importance pour consolider l’abrutissement des disciples artificiellement rendus malades : dans leur âme, les termes de sagesse et de sottise sont renversés. Ce qu’ils tenaient auparavant pour absurde devient maintenant sagesse ; ce qui leur paraissait prudent, clair et sage devient sans valeur et fausse doctrine. Mais c’est précisément le but de ceux qui abrutissent consciemment les hommes ! Et, à cette fin, il vaut vraiment la peine d’avoir attiré les sages du passé dans l’ordre en leur racontant de grands mensonges sur des doctrines et des buts entièrement différents — comme ils l’ont fait avec Frédéric le Grand, Fichte, Lessing, Mozart et d’autres — pour ensuite garder un silence prudent sur leur profonde déception ! » Réimpression de 1970, p. 90. [15] Déclenchement d’émotions fortes, activités hyperintenses, stimuli situationnels (paraphernalia religieux ou sexuels), augmentation de l’orientation vers le présent et affaiblissement de l’orientation vers le passé et/ou l’avenir. [16] Étude comparable dans l’espace germanophone : Gerhard Mayer, Arkane Welten. Biografien, Erfahrungen und Praktiken zeitgenössischer Magier, Würzburg, 2008. Volume 6 des Beiträge zur wissenschaftlichen Erforschung aussergewöhnlicher Erfahrungen und Phänomene, commandés par l’« Institute for Frontier Areas of Psychology and Mental Health », association enregistrée. Le terme « régions frontières de la psychologie » [Grenzgebiete der Psychologie] fut forgé par Oscar Schlag ; voir https://www.parareligion.ch/schlag.html et https://www.parareligion.ch/sunrise/schlag1.htm. [17] Les niches sociales, telles les religions alternatives ou émergentes où l’on peut définir son statut économique, culturel et social, sont occupées par des bohèmes modernes, des élites autoproclamées et des hors-la-loi autoproclamés. [18] « L’occultiste aspire à la domination du monde et oscille ambivalemment entre la destruction de la culture (par résistance à la morale dominante) et la préservation des hautes cultures comme des cultures de masse (puisqu’il a besoin de leurs traditions magiques). Il n’existe pas d’alternative à cette revendication totalitaire qui se situe au même niveau, ou prétende à la même signification. C’est pourquoi l’occultiste oscille entre une anticipation culturelle transcendante et son envers : l’espoir de la destruction de la culture existante. » https://www.parareligion.ch/ecstasy.htm. [19] « De plus, la Bête 666 [Crowley] conseille que tous les enfants soient habitués dès l’enfance à voir tout type d’acte sexuel. » Israel Regardie, The Law is for All, Arizona, 1975, p. 114, http://hermetic.com/legis/new-comment/. Crowley : « Laissez les enfants s’éduquer eux-mêmes à être eux-mêmes. Ceux qui les dressent selon des normes les estropient et les déforment. » « On the Education of Children », dans The Revival of Magick, Tempe, 1998, sekhetmaat.com/wiki/Documents/On_the_Education_of_Children. Crowley, à propos d’un garçon : « Pendant que l’autre, dans son orgasme, reçoit les eaux. » « Que ce ne soit pas un péché pour nous d’avoir sodomisé le cul viril. » « Tandis que le prêtre pousse son thyrse entre des fesses de garçon, tout est accompli ; viens, Sainte Colombe ! » http://bluepyramid.tripod.com/index/id4.html ; The Equinox IV;2, Maine, 1998, p. 405. [20] Voir Huettl/König, SATAN, p. 267 : Mme Kowalchyk n’est pas membre. Avant de pouvoir commencer son étude, tous les membres de l’O.T.O. devaient obtenir l’autorisation de leur chef — William Breeze — pour lui parler. Mme Kowalchyk procéda de manière traditionnelle : elle assista aux réunions de la loge, interrogea régulièrement des membres et compara ses résultats avec ceux d’un autre « groupe religieux déviant », un groupe fondamentaliste chrétien. Il va de soi que sa présence influença fortement le comportement des membres de l’O.T.O. Le cadre lui-même les influença. Nous avons ici un groupe religieux particulier, marginalisé, officiellement observé par une scientifique, dont les membres sont soumis à une telle pression qu’ils doivent obtenir l’approbation de leur Patriarche et « Sainte Majesté ». Rien de préjudiciable à l’image ne se produira ni ne sera mentionné devant l’observatrice. Le problème de la plupart des scientifiques qui écrivent sur Crowley ou l’O.T.O. est qu’ils ne disposent d’aucun élément interne ; ils se contentent de conversations superficielles avec des membres à propos de publications disponibles en librairie et de bulletins accessibles également aux non-membres. Ainsi, tous les indices relatifs au sexe et aux drogues passent tout simplement à la trappe. Ce qui m’a frappé à la lecture de cette étude, c’est donc l’omission de la consommation de drogues et l’absence de discussion des questions sexuelles. L’étude de Kowalchyk présente ces Thélémites comme des gens plutôt inhibés, presque des petits-bourgeois, qui utilisent même des pièces séparées selon le sexe pour se changer avant les rituels. Autre point de désaccord avec Mme Kowalchyk : elle souligne l’attitude optimiste des Thélémites envers la vie. Je vois les choses tout autrement. Selon moi, Thélema est profondément pessimiste, somatophobe par ses lois rigides, fataliste dans sa croyance aux actes inconnus et insondables des dieux, et n’offre qu’une simulation brève et très limitée de bonne humeur. Que penser d’une sexualité libre tant que chaque orgasme doit se produire « sous la volonté » et être vécu comme un acte religieux ? Et quelle joie y a-t-il à éprouver son corps tout en orientant ses pensées, au moment de l’orgasme, vers un but magique ? [21] Par exemple : « Les faibles, les timides, les imparfaits, les lâches, les pauvres, les larmoyants — ceux-là sont mes ennemis, et je suis venu les détruire », Liber Tzaddi, 25, http://www.sacred-texts.com/ oto/lib90.htm. [22] Dans l’O.T.O. suisse, les liens familiaux sont considérés comme des obstacles. Au sein du Califat, la famille traditionnelle est discutée en ce qui concerne les rituels de magie sexuelle : « Les rapports sexuels occasionnels [sic] relèvent bien sûr des personnes concernées et, dans certains cas, les officiers peuvent manquer ; mais la nature humaine montre qu’un couple marié ou lié constitue un risque pour la stabilité de la famille comme pour le corps officiel, dans la double fonction d’officiers du corps. Lorsque c’est possible, il vaut mieux avoir des officiers issus d’unités familiales différentes [...] Le conseil conjugal [sic] n’est pas une activité appropriée : c’est de l’indiscrétion élémentaire. » « Magickal Link » III;3, Berkeley, mars 1983. [23] J’exclus ici délibérément le Typhonian O.T.O.. Dans le T.O.T.O., il n’y a ni titres, ni hiérarchies, ni rituels institutionnalisés ; il n’y a pas de culte de la personnalité. [24] À la même époque où l’occulture commença à se répandre dans le milieu académique — ou inversement, lorsque le monde académique commença à s’approprier l’occulture —, Internet devint partie intégrante du courant dominant. Tandis que l’académie occulte demeure redevable de mécanismes réactionnaires tels que le prestige et l’argent, Internet ouvre la monopolisation du savoir et permet à une sorte de camelote postmoderne de se déverser librement dans les salons. Toutefois, la valeur du savoir, tout comme la valeur de l’art — que depuis, et selon, Marcel Duchamp et Joseph Beuys l’on trouve partout —, a elle aussi subi une transformation. Dans le domaine des arts, les installations, les performances et les lieux de leur mise en scène (galeries, musées) ont remplacé l’ancienne tradition de l’original ; de son côté, Internet transforme n’importe qui en expert et rend le savoir reproductible ad infinitum. Un nouveau fossé technoculturel s’ouvre, permettant apparemment de distinguer le sérieux du douteux. Ce qui est imprimé sur papier passe pour sérieux ; ce qui apparaît sur un écran est réputé suspect. Le milieu académique se trouve sous pression, et les encyclopédies issues des cercles incestueux de l’académie occulte prolifèrent de plus en plus vite. Ainsi se produisent immobilisme intellectuel, conservatisme radical et anti-curiosité. L’ouverture et les questions sont remplacées par des modèles : nombrilisme occultiste. Voir aussi « The Play Game Version of an O.T.O.-Fatamorgana » à https://www.parareligion.ch/2011/playgame.htm, en français: Jeu de rôle d'une O.T.O.-Fatamorgana. [25] « Der O.T.O.-Phänomen REMIX » : la version antérieure des trois volumes réels de « Der O.T.O.-Phänomen RELOAD », https://www.parareligion.ch/2011/reload.htm. © Peter-Robert Koenig, juillet 2011. Il s'agit d'un chapitre raccourci et traduit d'une sous-section de « Der O.T.O.-Phänomen RELOAD ». Traduction française septembre 2014 par Frater A.T.A. 11. English version: Fetish, Self-Induction, Stigma and Rôleplay Traduction française: Fétiche, auto-induction, stigmatisation et jeu de rôle. Traduzione italiana: Il feticcio, l’auto-induzione, lo stigma, il gioco di ruolo. Tradução portuguesa: Fetiche, Auto-Indução, Estigma e Rôleplay. Tlumaczenie polskie: Fetysz. Rytualy. Resocjalizacja: Tozsamosc przez stygmat. Autoindukowana schizofrenia. Odgrywanie ról. По русски: Фетиш, самоиндукция, стигма и ролевая игра. Voir aussi la photographie d’Aleister Crowley dans une Messe gnostique.
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