Theodor Reuss
Ordo Templi Orientis
Le Secret de la Maçonnerie et le Mystère
de la Sainte Messe, 1917
[Image générée par l’IA]
La cérémonie de la sainte messe cache un mystère que peu de gens reconnaissent. Moins nombreux encore sont ceux qui comprennent que le mystère de la sainte messe et le véritable secret des anciens francs-maçons acceptés, des Templiers schismatiques et des vrais Rosicruciens ne font qu’un seul et même secret.
Ce mystère de la messe, ainsi que le véritable secret des anciens francs-maçons, des Templiers schismatiques, des Rosicruciens et des Néo-Chrétiens gnostiques, réside dans la communion avec Dieu, dont la sainte messe met symboliquement en scène le feu.
Les déclarations et les explications que l’Église catholique romaine donne sur l’essence du mystère de la sainte messe sont erronées, la vérité en étant dissimulée, obscurcie, voire partiellement falsifiée. Certes, elles sont délibérément erronées, car les autorités spirituelles du Vatican connaissent elles-mêmes la véritable nature du mystère et le vrai sens de ce drame. Le clerc le plus humble est cependant, pour des raisons officielles, laissé dans une ignorance complète de la véritable nature du mystère. Cette dissimulation et cette falsification ont accompagné la falsification et la corruption progressives de l’ensemble du christianisme originel par les Pères de l’Église. Tout aussi trompeuses, du reste, que les explications de l’Église catholique romaine sur l’essence du mystère, sont celles de la soi-disant franc-maçonnerie reconnue quant à l’essence et au « travail intérieur » de la franc-maçonnerie.
Très peu de francs-maçons reconnaissent le véritable secret de la franc-maçonnerie, et parmi le petit nombre de ceux qui le reconnaissent, presque aucun ne cherche réellement à comprendre ce qu’il a découvert ou deviné.
Comme chacun le sait aujourd’hui, tout candidat en Angleterre (patrie de la franc-maçonnerie moderne reconnue), ou en Amérique (et jadis aussi en Allemagne), qui souhaite être admis dans la maçonnerie, doit prêter un serment sévère. Ce vieux serment anglais se lit à peu près ainsi dans la présente traduction :
« Moi, XYZ, en présence du Grand Architecte de l’Univers, je jure ici solennellement et sincèrement, sur l’Écriture sainte, que je cacherai, dissimulerai et ne révélerai jamais aucune partie, aucun point des secrets des mystères appartenant à la maçonnerie libre et acceptée qui m’ont été révélés ou qui pourraient m’être communiqués à l’avenir, sauf à un ou plusieurs frères vrais et légitimes, et non à lui ou à eux avant l’épreuve la plus impitoyable de leur fidélité. De plus, je promets solennellement que je n’écrirai jamais ces secrets, que je ne les inscrirai, ne les dessinerai, ne les graverai, ne les griffonnerai, ne les découperai, ne les sculpterai ni ne les burinerai jamais, et que je ne les répéterai ni ne les communiquerai d’aucune autre manière. Ce serait une faute supplémentaire si quelqu’un le faisait alors qu’il serait en mon pouvoir de l’en empêcher, par quelque moyen sensible ou insensible, sous la voûte canopée des cieux — si quelqu’un dans le monde venait à comprendre ou à lire, par ou à travers de telles lettres, signes ou symboles, notre art secret et nos mystères cachés, livrés au profane par mon infidélité ! Tous ces nombreux points, je jure solennellement de les observer sans exception, sans ambiguïté et sans aucune réserve mentale, sous peine, si je venais à enfreindre l’un d’eux, d’avoir la gorge coupée d’une oreille à l’autre, la langue tranchée, le cœur arraché du corps, le corps coupé en deux au-dessous du nombril, les entrailles arrachées et jetées dans la mer la plus profonde — ou livrées aux vautours pour qu’ils les dévorent. Que Dieu me vienne en aide, afin que je garde fidèlement mon serment : tel est le vœu, tel est le serment d’un franc-maçon. »
Ensuite, le candidat doit embrasser l’Écriture sainte. Il est clair qu’un candidat sensé, qui n’a jamais été contraint de prêter sur la Bible un serment aussi effrayant, s’attend nécessairement à ce qu’on lui confie par la suite des secrets terribles et à être initié à des choses profondément occultes. À sa grande surprise, pourtant, chaque candidat qui a été forcé de prêter un tel serment pour être admis dans la franc-maçonnerie apprend que tout l’immense secret réside dans un signe, un attouchement et un mot ! Des choses imprimées dans quantité de livres (dits hérétiques) dont la simple connaissance n’assure pourtant nullement l’admission du candidat dans une loge franc-maçonnique, à moins qu’il ne possède d’abord un autre laissez-passer spécial ou qu’il ne fasse la preuve, reçu à l’appui, qu’il a payé ses cotisations de loge ! Pareille situation frappe presque inévitablement tout candidat après son admission et doit lui paraître fort étrange.
Chaque candidat conduit dans une loge franc-maçonnique se dira qu’il y a là quelque chose de très « exagéré », ou, en tout cas, sera obligé d’admettre que l’on « pousse trop loin » le fait de jurer solennellement qu’on préférerait avoir la gorge tranchée, le cœur et la langue arrachés, ou le corps coupé en deux et les entrailles jetées à la mer, plutôt que de trahir le secret de la franc-maçonnerie, alors que ce secret ne consiste en rien de plus que la manière de serrer la main d’un autre franc-maçon, quelques signes tracés à angle droit sur le corps avec la main, et le silence sur de courts mots syllabiques qu’il ne faut pas épeler, ou sur des demi-mots qui ne signifient rien de plus, par exemple :
« Le Seigneur vous ressuscitera »
« Le Seigneur vous fortifiera »
« Levez-vous, vous vivez dans le Fils »
Car, malgré toutes ses études, ses promotions et ses progrès en loge, un franc-maçon, que ce soit en Angleterre, en Amérique ou en Allemagne, ne se voit confier aucun autre secret de la maçonnerie acceptée ; et s’il en recevait un, il le garderait pour lui, même après cinquante ans d’appartenance à une loge et après avoir atteint les plus hautes fonctions et dignités. La plupart des francs-maçons se plient donc au programme, satisfaits d’avoir rejoint un club social exclusif dont le nombre de membres leur ouvre maintes possibilités sociales et matérielles ; puis ils cessent de se demander pourquoi les anciens ancêtres et les pères fondateurs de la franc-maçonnerie ont jadis prêté des serments si sévères. Le serment est ainsi devenu pour eux une formule vide.
Cet état d’esprit, cette déception née de l’absence de connaissance, et donc de l’incompréhension des motifs pour lesquels les ancêtres précurseurs de la maçonnerie avaient prêté des serments aussi sévères, se sont confirmés dans les loges allemandes il y a cent ans (c. 1818)*, lorsque certains systèmes maçonniques allemands, tels que l’enseignement Schröder et l’enseignement de Fribourg, rejetèrent ces vieilles formules de serment et les remplacèrent par une simple promesse. L’ancien serment ne fut plus communiqué que comme une sorte de curiosité historique. Cette prétendue réforme était, d’une certaine manière, parfaitement logique de la part des intellectuels maçonniques allemands, qui croyaient avoir reconnu à juste titre que la franc-maçonnerie ne possédait ni ne dissimulait aucun secret propre à justifier un serment aussi sévère. Cette réforme était toutefois, en même temps, le symptôme d’une situation assez triste : la maçonnerie en vint à apparaître comme une illusion de secrets inexistants et devint partout une plaisanterie indigne.
Ces conditions et cette reconnaissance apparente de l’inexistence de véritables secrets conduisent au terrible nivellement de la franc-maçonnerie dans la plupart des pays. Dans les pays latins, les loges maçonniques sont devenues des clubs politiques, avec pour conséquence qu’elles ont fini par dévoiler la guerre mondiale à tous ceux qui voulaient bien la voir. Et pourtant, les honorables intellectuels de la maçonnerie allemande restaient enfermés dans une vaste communauté d’erreurs, persuadés qu’il était établi que la franc-maçonnerie ne cachait aucun secret digne d’une si ancienne formule de serment.
Les francs-maçons allemands qui avaient modifié l’ancienne formule du serment étaient tenus pour des idiots, malgré leur réflexion, leurs recherches et leur dévouement à la franc-maçonnerie. Et l’idiotie des réformateurs de l’époque contribua à ce que leurs partisans élèvent l’inexistence de secrets véritablement dignes au rang de soi-disant « dogmes ». Le rejet de l’ancien serment sévère n’aurait été logique que s’il n’existait vraiment aucun secret, aucun mystère, dont la préservation justifiât un tel serment. Et pourtant — cela peut maintenant être dit, compris et affirmé avec fermeté — la franc-maçonnerie DISSIMULE bel et bien un secret, un secret qui justifie pleinement l’ancienne formule du serment sévère.
Seulement, ce véritable secret s’est perdu pour la Confrérie avec le temps ; ou, pour mieux dire, il fut à un moment donné supprimé pour des raisons d’opportunité et remplacé par un secret de substitution, un « Ersatz » [substitut]. On ne saurait dire exactement que le secret a été perverti ou falsifié ; on peut cependant affirmer que ce qui a été communiqué plus tard comme secret dans la franc-maçonnerie n’est qu’un faux secret, et non le véritable. Le vrai, le réel, reste encore à reconnaître et à découvrir à travers les symboles employés aujourd’hui en franc-maçonnerie. C’est particulièrement vrai dans le symbolisme des hauts grades de certains systèmes et programmes maçonniques.
Cependant, comme nous l’avons déjà dit, la majorité des rares francs-maçons qui ont entre les mains les symboles maçonniques et qui reconnaissent ou découvrent le vrai secret se dérobent à l’exprimer ouvertement, car un tel aveu — une telle révélation — leur vaudrait une grave honte parmi leurs soi-disant concitoyens bourgeois, pétris de comportement prétendument respectable et de pseudo-moralité. L’opinion publique pseudo-sacrée condamnerait ces hommes compréhensifs à la morale de la « mort sur le bûcher », tout comme, dans les temps anciens, elle allumait un feu bien réel pour les Templiers.
Depuis l’avènement de la domination mondiale de l’Église chrétienne-nazaréenne, le vrai sens du mystère du sacrement de la sainte messe a été supprimé et remplacé par une interprétation de substitution. L’Église catholique romaine s’est façonnée de cette manière dès le tout premier siècle de la reconquête chrétienne et de sa domination dans toutes les parties du monde atteintes par la direction du nouveau christianisme ecclésiastique des Pères de l’Église. Les fraternités, les sectes et les sociétés secrètes qui protégeaient le vrai sens du mystère de la messe furent, pour cette raison même, persécutées à travers tous les siècles par l’Église chrétienne dominante. Tous les membres de ces sectes et sociétés secrètes, lorsqu’ils étaient découverts, étaient immédiatement condamnés à mort.
Parmi ces sectes et sociétés secrètes qui protégeaient le vrai sens et la véritable interprétation des mystères de la sainte messe figuraient les Gnostiques, les Templiers, les vrais Rosicruciens ésotériques et les anciens francs-maçons primitifs. Ces prétendues sectes et sociétés secrètes ont survécu jusqu’à ce jour malgré les persécutions et les épreuves des siècles.
Les néo-chrétiens gnostiques, ou Templiers gnostiques d’Orient, qui sont étroitement liés aux anciens Templiers et aux premiers francs-maçons primitifs, gardent aujourd’hui encore le véritable secret de la franc-maçonnerie, lequel est identique au secret et au mystère de la sainte messe.
Tous ceux qui ont reconnu la fausseté intérieure des enseignements de l’Église chrétienne dominante, ou qui ne l’ont peut-être sentie que d’instinct — ainsi que ceux, parmi les francs-maçons, qui ont reconnu et compris que la soi-disant franc-maçonnerie actuelle est déchue du véritable secret mystique — tournent le dos, déçus, à l’Église comme à la franc-maçonnerie. Ils voient dans la soi-disant « franc-maçonnerie reconnue » moderne le reflet de fausses apparences : une société qui prétend déchiffrer, comprendre et concevoir l’énigme du monde, et enseigner un haut ésotérisme en actes et en vérité, alors qu’elle n’est, au fond, rien d’autre qu’une fraternité de bonnes œuvres et un club social corporatif. Or la pratique de la charité et l’humanitarisme matériel ne sont que des moyens secondaires pour atteindre le but de la franc-maçonnerie ; de même, le soutien mutuel dans le domaine matériel ne peut être qu’un moyen secondaire. Mais, à force de poursuivre ces moyens utiles et de faire reculer l’éducation intérieure des frères, le but principal et le travail essentiel se sont entièrement perdus dans l’oubli : ainsi le mot fut perdu.
Theodor Reuss, 1917
Deutsch: Das wahre Geheimnis der Freimaurerei und das Mysterium der hl. Messe.
English: The True Secret of Masonry and the Mystery of the Holy Mass.
Français : Le Secret de la Maçonnerie et le Mystère de la Sainte Messe.
© P.-R. Koenig.
Traduction française par Tau Fr. A.T.A, 11 décembre 2024
Phénomène-O.T.O.
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