Lettre à un maçon brésilien
|
|
|
Rio de Janeiro, 9 juillet 1963 e.v.
Cher Dr G. : Fais ce que tu voudras sera le tout de la Loi. J’ai lu avec plaisir dans les nouvelles que la Maçonnerie brésilienne semble enfin décidée à reprendre un rôle actif dans les affaires de cette nation. Je me suis alors souvenu de notre conversation et de nos propos au moment de nous séparer, lorsque vous avez remarqué que, selon vous, l’Église romaine constituait pour les enfants une bonne introduction à la vie adulte. Je vous ai répondu alors : « Peut-être, mais la Maçonnerie est infiniment meilleure » ; et je saisis cette occasion pour reprendre cette affirmation et l’élargir. Je ne souhaitais pas, à l’époque, discuter de la validité ou de la non-validité de l’Église romaine comme terrain d’entraînement pour les enfants. On ne discute pas sérieusement d’une telle question au détour d’une conversation. C’est un sujet qui doit — je le répète, doit — être étudié par toute personne responsable, et plus particulièrement par un haut grade maçon, surtout au Brésil, où cette Église a tant pesé sur la formation psychologique du peuple — avec les résultats que nous voyons aujourd’hui. Pour une telle recherche, d’une importance vitale en ce moment, il faut une analyse minutieuse des témoignages disséminés dans les œuvres de nombreux observateurs impartiaux et dignes de foi — une analyse qui ne peut être menée dans une simple conversation ni résumée en un argument. Je connaissais les faits ; vous, à l’époque, non. Des affirmations de ma part, même fondées sur des faits, vous auraient paru partiales et injustes ; d’autant plus que vous me suspectiez, naturellement, ainsi que mes intentions — les thélemites ne sont pas, aujourd’hui, mieux aimés ni mieux crus que les gnostiques et les esséniens en leur temps. Le but de cette lettre est donc d’exposer de façon claire et ordonnée mes conclusions et d’indiquer les ouvrages sur lesquels elles se fondent, afin que vous puissiez, si vous le souhaitez, examiner vous-même ces travaux et tirer vos propres conclusions, qu’elles coïncident ou non avec les miennes. Je demande seulement que, si, après avoir lu ma lettre et consulté — si vous le voulez — les sources ici nommées, vous jugez que cet ensemble mérite d’être lu par vos frères maçons, vous leur transmettiez la lettre et les références, afin qu’ils aient, eux aussi, la possibilité d’examiner, de méditer et de décider. Je dois commencer par répéter ce que j’ai dit lors de notre entretien, et qui a tant choqué votre dévotion sincère : l’homme appelé « Jésus-Christ » dans les Évangiles est un personnage imaginaire ; ses aventures sont une fiction ; il ne fut pas, et ne pouvait pas être, l’unique incarnation du Logos ; et toute Église, toute secte, toute personne qui affirme le contraire trompe ou se trompe. Je ne veux pas dire par là qu’un tel homme n’ait pas pu exister, prêcher et souffrir. Je ne prétends pas non plus qu’un tel homme n’ait pas pu naître. Bien au contraire : de tels hommes naissent sans cesse, et continueront à naître au fil des âges : incarnations du Logos, temples du Saint-Esprit, croix de matière couronnées par la rose de l’Esprit. Je dirai davantage : il y eut, jadis, un homme qui atteignit, au plus haut degré, le sentiment de sa propre divinité ; et cet homme mourut dans des circonstances analogues, sans être identiques, à celles racontées dans les Évangiles ; sa naissance se perd dans la nuit des temps ; il fut l’original du Pendu, du Sacrifice, du Tarot ; et les Égyptiens le connaissaient sous le nom d’Osiris. Cet homme est à l’origine de la formule du Dieu mourant. Il s’agit de la formule de la mort d’Asar dans la pyramide, reprise dans les rites maçonniques de la tradition d’Hiram, dont la forme la plus parfaite est le Rite Ancien et Accepté Écossais. Le 33e degré de ce Rite signifie une incarnation du Logos ; la descente du Saint-Esprit ; la manifestation dans la chair d’un Christ ; la présence du Dieu vivant. Pour les faits qui sous-tendent cette affirmation, je vous renvoie aux ouvrages suivants, dus à d’illustres et méritants maçons : La Messe et ses Mystères, par Ragon. « The Arcane Schools » [Les écoles arcaniques], par John Yarker. DO SEXO À DIVINDADE, du Dr Jorge Adoum. CURSO FILOSÓFICO DE LAS INICIACIONES ANTIGUAS Y MODERNAS, de J. M. Ragón. Vous gagneriez aussi à lire : « Isis Unveiled » [Isis dévoilée], de Blavatsky, section sur le christianisme. Mme Blavatsky n’était pas des vôtres, mais elle était des Nôtres... À mon avis, Dr G., un haut grade maçon qui consentirait à sacrifier un peu de loisir rendrait grand service à ses frères en traduisant en portugais les ouvrages ci-dessus, surtout les deux premiers. Les documents inclus dans ce que l’on appelle le Nouveau Testament, Dr G. — autrement dit les quatre Évangiles, les Actes, les Épîtres et l’Apocalypse — sont, selon moi, des faux fabriqués par les patriarches de l’Église romaine à l’époque de Constantin, dit « le Grand » parce qu’il permit et favorisa cette imposture. Constantin n’eut jamais le moindre songe d’« In hoc signo vinces ». Ces légendes sont des mensonges éhontés inventés par les patriarches romains des trois siècles suivants, au cours desquels tous les documents historiques concernant le début de l’ère dite « chrétienne » furent remaniés de fond en comble. Ce qui se passa réellement du temps de Constantin, c’est que les évêques de Rome et d’Alexandrie se rendirent ensemble, en privé, auprès de l’empereur, et lui expliquèrent que la religion romaine n’était plus suivie que par une minorité de patriciens ; que presque toute la population de l’Empire était chrétienne, répartie entre de nombreuses sectes et congrégations provinciales ; que l’Empire se désagrégeait du fait de l’écart entre la foi du peuple et celle des patriciens ; que les soulèvements incessants des sectes esséniennes guerrières de Palestine excitaient les provinces contre l’autorité de Rome ; et qu’en somme la seule chance pour Constantin de conserver l’Empire était d’accepter la version romano-alexandrine du christianisme, les évêques s’engageant alors à recommander au peuple la coopération avec lui — en échange de quoi Constantin aiderait les évêques à détruire l’influence de toutes les autres sectes chrétiennes. Constantin accepta ce pacte politique que lui proposaient les évêques de Rome et d’Alexandrie. Il fit de leur version du christianisme la religion officielle de l’Empire. Dès lors, la direction religieuse passa aux mains des pères de l’Église qui, aidés par l’armée impériale, entamèrent une « purge » qui n’avait rien à envier aux procédés de la Russie moderne. Les chefs des sectes chrétiennes indépendantes furent emprisonnés, leurs temples interdits, leurs congrégations pourchassées, sacrifiées dans les arènes des provinces comme à Rome et à Alexandrie. Les gnostiques grecs, héritiers des mystères d’Éleusis, furent accusés d’infamies par des pères castrés comme Origène et Irénée (la castration était une manière pittoresque d’entretenir la chasteté, empruntée par les romano-alexandrins au culte d’Attys, d’où procède la psychologie romaine). Les esséniens furent condamnés par le tour de passe-passe consistant à faire des Juifs les méchants de la Passion évangélique ; et, avec la dispersion finale des tribus juives guerrières aux quatre coins de l’Empire, l’Église romano-alexandrine assura sa position et put ensuite se consacrer entièrement à ce qui fut, depuis lors, sa spécialité : aider les tyrans du monde à maintenir en esclavage tous les hommes véritables. Isis dévoilée, de Mme Helena Blavatsky, section sur le christianisme ; « Outlines on the Origin of Dogma » [Aperçu sur l’origine du dogme], de Harnack. « Decline and Fall of the Roman Empire » [Déclin et chute de l’Empire romain], de Gibbon. « The Age of Constantine the Great » [L’Âge de Constantin le Grand], de Burckhardt. Quant aux falsifications historiques de l’Église de Rome, je vous renvoie aux paroles du grand savant américain Moses Hadas dans ses notes à sa traduction de Burckhardt, p. 367 : « L’Historia Augusta présente des biographies d’empereurs, de césars et d’usurpateurs d’Hadrien à Numérien (117-284), avec une interruption pour la période 244-253. Elle se donne pour l’œuvre de six auteurs — Aelius Spartianus, Vulcacius Gallicanus, Aelius Lampridius, Julius Capitolinus, Trebellius Pollio et Flavius Vopiscus — et prétend avoir été écrite entre les règnes de Dioclétien et de Constantin, vers 330. Certains érudits l’acceptent comme authentique ; d’autres estiment au contraire qu’elle fut rédigée d’une seule main près d’un siècle plus tard, auquel cas les noms des six auteurs n’auraient été ajoutés que pour lui conférer de l’autorité. » J’ai paraphrasé ce passage de mémoire ; le travail de M. Hadas est toutefois facile à consulter. En termes plus crus, cela signifie ceci : les patriarches romains, désireux de dissimuler leurs crimes, notamment leur persécution des chrétiens appartenant à d’autres sectes ou Églises, et soucieux de se faire passer pour les seuls vrais chrétiens, détruisirent tous les documents authentiques qu’ils purent saisir (cela leur était d’autant plus aisé qu’à partir de Constantin ils avaient la garde des archives), puis les remplacèrent par des faux les représentant comme opprimés par les empereurs. En réalité, ils flattaient ces empereurs depuis l’origine — le culte d’Attys était à Rome le seul auquel les patriciens fussent légalement autorisés à prendre part. Un peu plus tard, Romains et Alexandrins se querellèrent, chacun voulant faire de sa ville le centre politique et religieux de l’Empire ; et c’est alors que l’un des rares historiens païens ayant échappé à la vigilance des pères de l’Église nota que « les atrocités commises par les chrétiens les uns contre les autres surpassent la fureur des bêtes sauvages contre l’homme ». (Ammianus Marcellinus) L’issue de cette querelle fut la division de l’Empire entre Rome et Byzance. Depuis lors, l’Église romaine s’appelle « catholique », tandis que la byzantine s’appelle « orthodoxe ». Les deux Églises sont, bien entendu, un paquet de mensonges... Quel besoin, me direz-vous, justifiait une persécution si implacable des sectes gnostiques et esséniennes ? Pour ce qui est des esséniens, les raisons étaient à la fois politiques et dogmatiques. Environ un siècle avant l’an dit premier, naquit en Palestine un maître dont le nom nous est inconnu (quoiqu’il ait été supposé par certains chercheurs qu’il s’agissait d’Ionas, ou Jonas). Ce maître créa un nouveau système d’essénisme, fonda de nombreuses branches de cette fraternité judéo-copte et gagna une grande audience en Asie Mineure. De nombreux documents furent écrits sur des épisodes de sa vie et sur sa doctrine. Il était un adepte chrétien, c’est-à-dire qu’il soutenait la thèse selon laquelle chaque être humain est un temple du Dieu vivant ; il rendait témoignage au Logos et au Saint-Esprit ; et son influence sur la pensée religieuse de son temps fut telle que les patriarches romano-alexandrins, rédigeant leur « histoire de Jésus-Christ », furent contraints de l’y intégrer pour éviter les soupçons. Ils l’appelèrent « Jean le Baptiste »... À propos de ce maître essénien, je vous conseille de lire : « The Dead Sea Scrolls », par R. K. Harrison. Ce livre aussi devrait être traduit en portugais par un maçon ! Je cite ci-dessous un passage attribué à cet initié, tiré d’un manuscrit copte appelé « l’Évangile de Marie », conservé au musée de Berlin depuis 1896. Après avoir parlé à ses disciples de nombreux points de doctrine, il leur fait ses adieux : ... Quand le Bienheureux eut fini de dire cela, il les salua tous en disant : « Que la paix soit avec vous. Recevez ma paix pour vous-mêmes. Prenez garde qu’on ne vous égare par des paroles telles que : “Le voici ici !” ou “Le voilà là-bas !” ; car le Fils de l’homme est au-dedans de vous. Suivez-le ; ceux qui le cherchent le trouveront. Allez donc proclamer la Bonne Nouvelle du Royaume. Je ne vous ai donné aucune règle, sinon celle que je vous ai commandée (aimez-vous les uns les autres), et je ne vous ai donné aucune loi, comme l’a fait le Législateur (Moïse), parce que je ne voulais pas vous y assujettir. » « Et ayant dit cela, il s’en alla. » Ce passage peut être rapproché de plusieurs endroits des Évangiles où « Jésus », interrogé sur ce point, dit explicitement : « Le Royaume de Dieu est en vous. » Et quel motif avaient donc les Romains et les Alexandrins pour persécuter et calomnier les gnostiques grecs ? Dans ce cas, la raison était uniquement dogmatique. Vers l’époque que les patriarches assignèrent plus tard à la « naissance de Jésus-Christ », un initié grec rendit une nouvelle vie aux mystères d’Apollon et de Dionysos, rétablit le culte du Soleil spirituel et du Logos, accomplit des merveilles thaumaturgiques et, bref, produisit une impression si forte que les Romano-Alexandrins furent contraints d’ajouter plusieurs « miracles » à leur pot-pourri évangélique afin que leur « Jésus » pût rivaliser avec les prodiges attribués à Apollonius de Tyane. Dans le même temps, ils prétendaient qu’Apollon avait été envoyé par « Satan » pour singer les « miracles de Jésus » et détourner les fidèles du « vrai Christ » ; et ils détruisirent méthodiquement tous les documents authentiques relatifs à sa vie, ne laissant subsister que la Vita fantastique et invraisemblable, attribuée à un « disciple » de ce grand adepte. Encore une fois, je vous renvoie à Isis dévoilée et à l’article « Apollonius » de l’Encyclopaedia Britannica. Maintenant, Dr G., il me faut ouvrir une parenthèse un peu longue afin d’établir en quoi le catholicisme romain diffère du véritable christianisme. Je commencerai par présenter l’un des rares textes évangéliques qui nous soient parvenus presque intacts malgré les manipulations des patriarches romano-alexandrins. Les altérations importantes introduites par eux sont commentées entre parenthèses ; le texte lui-même, je vous le donne intact. Il s’agit de l’introït de l’Évangile de saint Jean : "Au commencement était le Verbe. Et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu. "Il était au commencement avec Dieu. "Toutes choses furent créées par lui, et sans lui rien ne fut créé. "La vie était en lui, et la vie était la lumière des hommes. "La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont pas saisie. "Il y eut un homme envoyé par Dieu, dont le nom était Jonas (Johannes en grec). "Il vint pour rendre témoignage à la lumière, afin que tous croient par lui. "Il n’était pas la lumière, mais il vint pour rendre témoignage à la lumière. "À savoir la vraie lumière qui, venant dans le monde, éclaire tout homme. "Elle était dans le monde, le monde fut créé par elle, mais le monde ne la connut pas (les Romano-Alexandrins remplacèrent ici le « elle » renvoyant au Verbe ou à la Lumière par « lui », c’est-à-dire, bien sûr, leur personnification imaginaire, « Jésus »). "Elle vint chez ce qui lui appartenait, mais ce qui lui appartenait ne la reçut pas (là encore, la version canonique a « lui » pour « elle »). "Mais à tous ceux qui la reçurent, elle donna pouvoir de devenir enfants de Dieu (et c’est ici que les bowdlerizers intercalèrent : “à savoir ceux qui croient en son nom”, autrement dit au “Jésus” qu’ils inventèrent pour servir leurs desseins), eux qui ne sont nés ni du sang, ni de la volonté de la chair, ni de la volonté de l’homme, mais de Dieu. « Et le Verbe se fit chair et demeura en nous (ici encore la version romano-alexandrine a “demeura parmi nous” au lieu de “en nous”, contresens délibéré qui change entièrement le sens du passage), plein de grâce et de vérité ; et nous vîmes sa gloire, une gloire comme celle du Premier-Né du Père (le Premier-Né du Père est bien sûr Chokmah, le Verbe spirituel, première émanation de l’Ancien des jours, Kether ; le Premier-Né rappelle aussi “l’aîné des fils de Dieu”, Lucifer ou Satan) »... Dans ce qui précède, Dr G., dans la version originelle de ce document chrétien et dans les interpolations introduites par les Romano-Alexandrins, vous avez à la fois le résumé et le fondement du dogme romain. Jon, Apollon, Simon (Simon-Pierre et « Simon le Magicien » ; nous y reviendrons), tous trois adeptes chrétiens, enseignaient tous trois : vous êtes le Temple du Dieu vivant. Voici la lumière en vous ; sachez que vous êtes des enfants de la lumière ! Encore et encore, vous retrouvez ce message dans les Évangiles ; mais toujours tordu, conditionné ou neutralisé par les interpolations et les théologismes romano-alexandrins. Le résultat est que parfois « Jésus » parle comme un saint, comme une véritable incarnation du Verbe ; mais plus souvent il parle comme un fanatique et un sectaire. Les contradictions de ce genre s’empilent les unes sur les autres. Cela résulte précisément de l’édition et de l’interpolation romano-alexandrines. Ils ont copié, en les adaptant à leurs besoins temporels, des documents esséniens décrivant la prédication de Jonas (entre autres le Sermon sur la montagne). Ils ont ajouté des « miracles » du type de ceux qu’on attribuait à Apollonius de Tyane. Ils ont monté un mystère dramatique de la Passion sur le moule des cultes de Mithra, d’Adonis, d’Attys, de Dionysos, d’Oannès — chose nécessaire pour faire de leur « Jésus » l’incarnation du Logos de l’Æon d’Osiris, du Dieu mourant. Ils ont mêlé vérité et mensonge avec tant d’habileté que, pendant près de dix-sept siècles, chaque chrétien qui cherchait le Verbe en lui-même — le seul lieu où il puisse être trouvé — rencontrait, sur le seuil même de son âme, ce fantôme insidieux, cette chimère blasphématoire, ce cauchemar théologique : « Notre-Seigneur Jésus-Christ ». « Adore-moi ! », crie l’Égrégore. « Je suis le fils de Dieu ; tu n’es qu’une créature pécheresse, misérable et sans valeur, damnée dès sa naissance et destinée à l’enfer sans mon sacrifice ; et sans moi tu n’atteindras jamais le ciel ! » Peut-être commencez-vous à comprendre, Dr G., la nature abyssale de ce que nous appelons la grande sorcellerie ? Après seize siècles de vitalisation par des multitudes d’adorateurs, et par l’absorption des coquilles vides de prêtres, de nonnes, de frères et de fanatiques qui se laissèrent vampiriser par elle, l’Égrégore existe bel et bien dans ce qu’on appelle le « plan astral » ; et c’est un démon, c’est-à-dire une entité illusoire. Ce n’est pas un véritable microcosme, mais une gestalt de coquilles vitalisées, un foyer de tout ce qu’il y a de négatif, de défaitiste, de pleurnichard, de sectaire et d’introverti dans la nature humaine — un marécage entièrement hostile au progrès et à l’évolution spirituelle de l’humanité. Et pourtant, rien n’est plus saint ni plus pur que ce qui se cache dans ce nom de « Jésus-Christ »... Ce nom est composé des titres par lesquels les esséniens qabalistes et les gnostiques grecs désignaient respectivement l’initié parvenu à la sphère de Tiphereth, le Fils — c’est-à-dire la « sphère » ou le « plan » de conscience qui, dans notre système, correspond au grade d’Adeptus Minor, et dans le Rite Écossais au 33e degré. Christ, Chrestos, signifie à la fois « le bon » et « l’oint ». C’était un titre royal dans les mystères d’Éleusis. Depuis l’Antiquité, l’initié est toujours un prêtre-roi. La superstition absurde du « droit divin » des rois fut encore une falsification romano-alexandrine destinée à aider les tyrans qui les aidaient. Comme si la vraie royauté — douloureuse récompense de l’Initiation — pouvait se transmettre par dynastie ou se conférer par décret pontifical ! Pour rendre justice à ce thème, il faudrait un volume entier ; contentons-nous de dire que les symboles traditionnels de la royauté sont des symboles de l’Initiation complète. Le sceptre représente le phallus, image matérielle du Verbe ; le globe et la croix sont une forme de l’Anastha Crux, symbole de l’immortalité conférée par l’Initiation ; la couronne est Kether, le Sahasrara Chakra en pleine floraison, la première Sephirah, l’Ancien des jours, le Père ; le manteau de pourpre semé d’étoiles et de fleurs représente le ciel nocturne, l’aura du prêtre de nuit ; enfin la robe pourpre et or est le symbole du corps solaire, corps de gloire de l’initié — rouge et or étant les couleurs héraldiques du soleil. Quant au nom « Jésus », en hébreu il s’écrit IHShVH (prononcé Jeheshuah). Remarquez qu’il s’agit d’IHVH, le Tétragramme, avec Shin (Sh) au milieu. Shin est la lettre qui représente à la fois le feu et l’esprit ; placée au centre d’IHVH, elle équilibre les quatre forces élémentaires aveugles du Démiurge. Jéhovah — le mot de Moïse — devient Jeheshuah — le Verbe de Jean le Baptiste. Dans ce mot, Dr G., vous avez Dieu crucifié ; vous y avez le pentagramme, le signe de l’homme, l’étoile flamboyante du sanctuaire ; vous y avez la croix déployée dans les cinq éléments : feu, eau, air, terre et esprit ; vous y avez la clef qabalistique du Tétragramme chrétien, INRI, qui signifie entre autres Igne Natura Renovatur Integra, c’est-à-dire : « Par le Feu » (du Saint-Esprit) la Nature est entièrement rénovée. La différence fondamentale entre le christianisme et les religions qui l’ont précédé, c’est que le mystère d’Osiris — jusque-là révélé uniquement à des candidats soigneusement choisis dans les recoins les plus reculés des sanctuaires — fut donné ouvertement au monde. Avant l’Æon d’Osiris, durant l’Æon d’Isis, les hommes adoraient Dieu sous l’une de ses multiples images, adaptées à la vision spirituelle de peuples et d’individus différents, de la même manière qu’un enfant aime et vénère sa mère : comme quelqu’un qui protège, nourrit, console, corrige parfois ou punit, mais demeure toujours extérieur à lui-même. C’est la révélation du mystère de la mort d’Osiris qui éveilla les hommes à la conscience qu’eux-mêmes sont la divinité incarnée. Nous ne pouvons pas entrer ici plus avant dans le sujet d’Osiris, car il faudrait encore un volume. Il faut toutefois comprendre que ce mystère remonte à la plus haute antiquité. Le Dieu mourant est une formule magique antérieure à la destruction de l’Atlantide, époque où le sens véritable des symboles, jusque-là généralement connu, devint le privilège de rares initiés. Un sacrifice humain annuel destiné à favoriser la récolte fut un rite général chez les tribus agricoles d’Europe et d’Asie Mineure durant des millénaires ; et jusque dans les débuts du romanisme on le trouvait encore chez des tribus indo-européennes. L’homme sacrifié était à l’origine le roi de la tribu ; il régnait pendant l’année et était mis à mort lors des rites de printemps, ou Pâques (Pâque étant une corruption d’Ishtar). On le traitait comme une incarnation du dieu tribal et on l’adorait jusqu’au moment de sa mort. Son sang servait à arroser les champs ensemencés ; sa chair était mangée par les nobles et les prêtres ; le peuple se contentait de respirer la fumée de certaines parties brûlées en offrande à la divinité qu’il incarnait. Plus tard, à mesure que l’intelligence se développa, la formule devint moins commode pour les rois ; certains génies tribaux conçurent l’idée d’un vicaire, puis d’un substitut. On faisait languir symboliquement le roi pour l’occasion, tandis qu’on mettait à mort un autre homme à sa place. On utilisa d’abord des volontaires, puis des vieillards ou des malades, ensuite des ennemis et, en dernier lieu, des animaux. Dans beaucoup de tribus, les parents sacrifiaient leur premier-né au lieu de se sacrifier eux-mêmes (dans ce cas les parents étaient les chefs ou patriarches de la tribu). L’histoire biblique d’Abraham et du premier-né est une fable ingénieuse marquant la transition, chez les Juifs, entre le sacrifice du premier-né à Jéhovah et celui des chèvres. Les sacrifices humains, accompagnés de rituels anthropophagiques, furent pratiqués sur le continent indo-européen, en Australie, en Afrique et dans le Nouveau Monde. La présence universelle d’un tel rite, à une époque où la science de la navigation était presque inexistante, suggère une source commune dans l’Antiquité. Cette source commune est l’Atlantide — à condition de se rappeler que les Atlantes, eux, ne pratiquaient pas les sacrifices humains. C’est précisément l’effondrement de leur civilisation (non sous l’effet d’un « châtiment divin », mais de mouvements naturels de la croûte terrestre), ne laissant subsister que quelques colonies dans d’autres régions, qui provoqua le retour à la barbarie de la plus grande partie de la terre, au moment où les symboles commencèrent à être interprétés de la façon la plus grossière. Certains centres plus avancés de la culture atlante conservèrent néanmoins le sens véritable. Parmi ces rares survivances, on peut désigner l’Égypte, où les petits mystères (ceux d’Isis et d’Osiris) étaient célébrés en pleine connaissance de leur sens réel — il suffit de rappeler que, dans le Livre des morts, l’âme de l’homme ou de la femme défunte est toujours appelée Osiris — et où les grands mystères de Nuit-Hadit-Hoor (« Isis-Osiris-Horus ») furent gardés dans le secret le plus rigoureux. C’est d’Égypte que vint le courant osirien, lequel, en raison de la diversité des peuples et des langues et des difficultés matérielles de communication, prit sur le continent indo-européen des formes différentes, mais toujours selon la formule fondamentale du dieu immolé. Ce courant commença vers 500 av. J.-C. Un extatique d’Asie Mineure, dont les aventures passèrent dans le folklore et qui finit par être connu sous le nom de Dionysos, parcourut la Grèce, l’Asie Mineure et l’Inde, enseignant la nouvelle formule de l’initiation raciale. Cet initié, qui est le véritable original du « Jésus-Christ » évangélique, était un fils spirituel de Krishna, ou plutôt de Vishnu, dont Krishna était l’avatar principal ; et son Verbe était INRI, développement du Verbe de Krishna, AUM. Nous pouvons citer ici le chapitre 71 du Liber Aleph — The Book of Wisdom or Folly, l’une des œuvres les plus profondes du maître THERION : « Krishna a des noms et des formes innombrables, et j’ignore sa véritable naissance humaine. Sa formule appartient à la plus haute antiquité. Mais son Verbe s’est répandu dans de nombreuses régions, et nous le connaissons aujourd’hui sous la forme d’INRI avec le secret d’IAO qui s’y dissimule. Le sens de ce mot est le mode opératoire de la Nature dans son évolution et ses changements ; autrement dit, c’est la formule de la Magie par laquelle toutes choses se reproduisent et se recréent. Et pourtant cette extension et cette spécialisation furent plutôt l’œuvre de Dionysos ; car le vrai mot de Krishna était AUM, qui importe moins un enseignement pratique dans les opérations détaillées de la Magie qu’une déclaration de la vérité de la Nature. Mais Dionysos, par le mot INRI, jeta les bases de toute Science — au sens particulier où nous disons aujourd’hui Science, à savoir l’art de provoquer un changement de la Nature extérieure en harmonie avec notre volonté. » Cet initié, dont le nom profane nous est aujourd’hui inconnu et que nous connaissons sous le nom de Dionysos (qui pouvait d’ailleurs fort bien être son nom civil ; il devint ensuite assez courant en Asie et en Grèce...), vécut et travailla environ cinq siècles avant l’ère dite chrétienne. Il est mentionné par l’un des prophètes juifs, Isaïe, en plusieurs passages du livre qui porte son nom. Ces passages furent étudiés avec une profonde vénération par les anciens esséniens, qui en connaissaient la portée occulte. Le principal passage est le suivant (les parenthèses sont de moi) : « Qui a cru à notre prédication ? Et à qui le bras d’Adonaï a-t-il été révélé ? Car il s’est élevé devant lui comme un rejeton, comme une racine sortant d’une terre desséchée. Il n’avait ni beauté ni éclat pour attirer nos regards, et son aspect n’avait rien pour nous plaire. Il était méprisé, abandonné des hommes, homme de douleur et familier de la souffrance ; semblable à celui devant qui l’on détourne le visage, il était méprisé et nous ne l’avons point estimé. Assurément, ce sont nos infirmités qu’il a portées, c’est de nos douleurs qu’il s’est chargé ; et nous, nous l’avons regardé comme frappé, battu de Dieu et humilié. Mais il était blessé pour nos transgressions, brisé pour nos iniquités ; le châtiment qui nous donne la paix est tombé sur lui, et c’est par ses plaies que nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis ; chacun suivait sa propre voie ; et Adonaï a fait retomber sur lui l’iniquité de nous tous. Il fut opprimé et humilié, mais n’ouvrit point la bouche ; comme un agneau qu’on mène à l’abattoir, comme une brebis muette devant ceux qui la tondent, il n’ouvrit point la bouche. Par une sentence tyrannique, il a été retranché ; et parmi les siens, qui a compris ? Car il a été retranché de la terre des vivants à cause de la transgression de mon peuple. On lui a donné sa tombe parmi les méchants, mais avec les riches il demeure dans sa mort, parce qu’il n’a commis aucune injustice et qu’aucune fraude n’a été trouvée dans sa bouche. Pourtant Adonaï a voulu l’écraser et le rendre malade ; lorsque son âme aura été livrée en offrande, il verra une postérité, prolongera ses jours, et le dessein d’Adonaï prospérera entre ses mains. Il verra le fruit du labeur de son âme et s’en réjouira ; mon serviteur juste justifiera les multitudes par sa connaissance, et il portera leurs fautes. C’est pourquoi je lui donnerai la multitude pour partage, et il partagera le butin avec les puissants, parce qu’il s’est livré lui-même à la mort ; il a été compté parmi les transgresseurs, pourtant il a porté le péché de beaucoup et a intercédé pour les transgresseurs. » Livre d’Isaïe, LIII, vv. 1-12. Vous comprendrez peut-être un peu mieux ce qui précède si je cite ici quelques versets tirés des livres saints de Thelema : « 46. Ô mon Dieu, l’amour éclate pour moi à travers les liens de l’espace et du temps ; mon amour se répand parmi ceux qui n’aiment pas l’amour. 47. Mon vin se répand pour ceux qui n’ont jamais goûté au vin. 48. Ses vapeurs les enivreront et la vigueur de mon amour engendrera, de leurs filles, des enfants puissants. » Liber VII, vii, vv. 46-48. Aleister Crowley Il est certains secrets initiatiques, Dr G., qui ne peuvent pas être « communiqués » tout simplement parce que seuls ceux qui en ont fait l’expérience en eux-mêmes sont capables d’en comprendre les références. Je me bornerai ici à dire qu’en l’absence d’expérience, même si vous ne perdez pas le Verbe, vous ne gardez plus que la lettre et non l’esprit. Vous, maçons, êtes tombés loin de ce à quoi votre système était destiné — et cela principalement sous l’influence de l’Église romaine. Les patriarches romano-alexandrins qui ont rédigé le Nouveau Testament copièrent des paroles de véritables initiés ; aussi reste-t-il dans leurs Évangiles frelatés plusieurs clefs dispersées que ceux qui « ont des oreilles pour entendre » peuvent encore reconnaître. Mais ils commirent une erreur grave en voulant propager un christianisme souillé d’interprétations profanes par des moyens profanes. Lorsqu’un enseignement initiatique est transformé en religion organisée, le lien entre le système et sa source spirituelle se détériore. Les plans ne peuvent être mêlés ; et les Romano-Alexandrins, convaincus d’agir pour le mieux, étaient en réalité mus par l’orgueil et la vanité — précisément cette faculté de l’homme qui doit être détruite dans le franchissement de l’Abîme. Le résultat fut que l’Église romano-alexandrine, ayant perdu contact avec le Logos de l’Æon d’Osiris, devint l’instrument de forces démoniaques — c’est-à-dire illusoires, égotiques — et s’abandonna dès lors à des erreurs monstrueuses et à des cruautés indicibles. Par conséquent, les vrais chrétiens se retirèrent de cette Église au moment même où elle triomphait, s’alliant aux princes du mal de ce monde contre ses « rivaux » gnostiques et esséniens. Ils se retirèrent et poursuivirent silencieusement leur œuvre à travers tous les abus et toutes les persécutions qui suivirent ; puis, pour contrer plus efficacement les effets de la grande sorcellerie, ils créèrent la Maçonnerie. Vous savez bien, naturellement, que l’Ancien Rite — ou plus exactement la Grande Loge d’Angleterre — fut organisé, et l’ensemble du Rite réformé, par un certain Elias Ashmole, juif et frère de la R.C. La R.C. (qui n’existe sous ce nom dans le monde que depuis que le grand initié caché sous le nom de « Christian Rosenkreutz » lança le mouvement qui devait produire d’abord la Renaissance, puis la Réforme, enfin les Révolutions américaine et française) est dépositaire du mystère du Logos — du mystère du Christ. Sa tâche est que ce mystère ne soit jamais perdu pour l’humanité. Chaque fois que, par erreur humaine, par les oscillations du karma collectif ou par les lois du hasard, la transmission du Verbe et du Signe — c’est-à-dire la succession apostolique — est menacée, c’est la R.C., sous l’un de ses nombreux voiles (elle n’emploie jamais ouvertement ce nom de R.C. !), par l’entremise d’un ou plusieurs de ses frères, qui rappelle à l’humanité le sens spirituel de l’Incarnation, de l’Alliance de Résurrection, du Grand Œuvre, c’est-à-dire de l’établissement du Royaume de Dieu sur la terre. La R.C. n’intervient jamais dans l’organisation ni dans l’orientation des rites maçonniques ; ses adeptes, inaccessibles, ne cherchent pas non plus à y entrer. Il suffit que soient rendues publiques certaines informations et suggérées certaines sources de recherche pour que les maçons puissent, par eux-mêmes, rétablir la signification spirituelle de leurs mystères. La R.C. est sous l’Abîme ; le grand ordre sans nom est symbolisé par l’Œil dans le Triangle ; et c’est le Collegium Summum, ou S.S., de l’A.·.A.·. L’A.·.A.·. n’est qu’une des fraternités initiatiques ; sous l’Abîme, c’est même l’une des plus jeunes. Elle prit sa forme actuelle au cours de la première décennie de ce siècle. Quant au S.S., il est le même pour tous les ordres initiatiques. Cela surprend souvent les aspirants ; car, lorsqu’ils accèdent à certaines perceptions, ils découvrent que des maîtres qui paraissaient enseigner des doctrines totalement opposées (par exemple Mohammed et Jonas) siègent en réalité côte à côte dans le Conseil des Adeptes. Récapitulons. Qui est « saint Jean le Baptiste » ? C’est Jonas, Ionas, Jon, Johannes, John, le Maître de justice des esséniens, dont les sermons ont été placés dans la bouche de « Jésus ». Qui est « Jésus » ? Tout adepte, c’est-à-dire tout individu ayant atteint la Connaissance et la Conversation du Saint Ange Gardien, le Paraclet. Qui est « Jésus-Christ » ? Le nom donné par les Romano-Alexandrins à leur version fictionnelle du Logos de l’Æon d’Osiris, dont le Verbe était INRI et que nous connaissons sous le nom de Dionysos. Qui est le « Père » auquel « Jésus » se réfère sans cesse dans les Évangiles ? C’est le Logos, la LVX, le Verbe, dont la Sephirah est Chokmah, Premier-Né de Kether. Qui est le Christ ? Techniquement, tout adepte, puisque le nom correspond, dans le symbolisme grec, au Jeheshua essénien ; mais dans la pratique le nom désigne le Logos Aionos. D’un point de vue mystique, « nul ne vient au Père que par le Fils » ; en conséquence, puisque tout adepte chrétien est une incarnation du Verbe, la distinction entre le Christ solaire et le Christ intérieur n’est qu’une illusion du profane. Ego sum qui sum, dit l’initié — AHIH, JE SUIS CELUI QUI SUIS. Lorsque feu Aleister Crowley fut « jugé » (c’est à cette occasion que le magistrat présidant l’audience le traita de « l’homme le plus méchant du monde »), le procureur lui demanda : « N’est-il pas vrai que vous vous appelez la Grande Bête de l’Apocalypse ? » Crowley, habitué à attendre le pire de ses semblables, répondit avec la patience et l’esprit qui lui étaient naturels : « Ce nom signifie simplement le Soleil. Vous pouvez m’appeler “petit rayon de soleil”. » Cela revient à dire : appelez-moi Adepte, c’est-à-dire Jeheshua, c’est-à-dire maçon du 33e degré, Dr G.... « petit rayon de soleil » = petit soleil, Tiphereth. Cette confusion entre l’adepte et son Père apparaît déjà chez « Jean le Baptiste » — ce tour de force pittoresque par lequel les Romano-Alexandrins séparèrent Jon, le maître essénien, de ses propres sermons. En effet, « Jean le Baptiste » dit : « Je suis la Voix (c’est-à-dire le Verbe) qui crie dans le désert (c’est-à-dire dans l’Abîme). » Le plus ancien symbole connu du Verbe est l’Œil des Égyptiens ; et l’Œil est dans l’Abîme. C’est l’Œil dans le Triangle, le vrai Baphomet, le chef secret de tous les maçons. Sous l’Abîme, il est représenté par deux adeptes, l’un dans le Pilier blanc, l’autre dans le Pilier noir. L’adepte blanc est l’Adeptus Exemptus, qui promulgue la Loi. L’adepte noir est l’Adeptus Major, qui fait appliquer les promulgations de l’adepte exempt. Les Juifs, après avoir cessé de sacrifier les premiers-nés, avaient pour leurs fêtes deux boucs émissaires, l’un blanc, l’autre noir. Le bouc blanc était sacrifié à IAO (le plus ancien nom de Jéhovah) ; le bouc noir, chargé des malédictions des prêtres, était chassé dans le désert... Comprenez-vous mieux à présent, Dr G., pourquoi la salle des maçons s’appelle la salle du Bouc noir ? L’Œil dans l’Abîme est l’Œil du Soleil, l’Œil de Hoor, lequel, pour certaines raisons, est identifié à l’anus. C’est pourquoi on dit des adorateurs de « Satan » qu’ils « baisaient l’anus d’un bouc noir »... Dans l’Égypte ancienne, dans un rituel où chaque partie du corps de l’initié était mise en relation avec la partie correspondante d’un être divin, l’initié disait à un moment donné : « Mes fesses sont les fesses de l’Œil de Hoor. » Mais quel diable — pardonnez le calembour — est donc en vérité ce Satan notoire que les prêtres romains nous accusent d’adorer et auquel ils imputent leurs déconvenues, au lieu d’incriminer leur propre stupidité sectaire ? Quand l’Église romaine entreprit la « catéchisation » des provinces, elle se heurta partout à des dieux locaux. Informés des hauts faits légendaires de ces dieux, les missionnaires romains, fort madrés, inventaient un « saint » doté des mêmes exploits, puis expliquaient aux païens peu sophistiqués : « Votre dieu n’est rien d’autre qu’un démon cherchant à vous détourner de Notre Seigneur Jésus-Christ, et pour cette raison il imite les actes de notre saint martyr Untel. Si vous ne me croyez pas, écoutez donc l’histoire de la vie de notre saint martyr... » Et suivait alors la longue faribole. De cette manière, l’Église romaine assimila à sa liturgie tout un panthéon de dieux « païens », transformés en saints et martyrs purement imaginaires ; les seuls martyrs chrétiens des premiers siècles furent les gnostiques et les esséniens, que les Romano-Alexandrins dénonçaient eux-mêmes aux empereurs. Exemples : ceux qui adoraient le Christ sous la forme d’un âne (Priape) ; ceux qui l’adoraient sous la forme d’un poisson (Oannès) ; ceux qui l’adoraient sous son nom d’Iacchus ou de Dionysos... Mais il y avait un dieu païen que l’Église romaine fut incapable d’avaler, parce que ses exploits étaient trop virils pour être imputés à un « saint » romain, nécessairement châtré, de corps ou d’esprit. D’autre part, ses rites étaient si vitaux, si universellement populaires dans les provinces, qu’on ne pouvait sérieusement attendre du peuple qu’il l’oublie ; après six siècles de tyrannie romano-alexandrine, on le connaissait et on l’adorait encore : le dieu PAN, le dieu aux cornes et aux sabots de chèvre... Ne pouvant donc pas en faire un saint, Dr G., ils en firent le diable... Vous trouverez une abondance de matériaux sur tout ce qui précède dans les ouvrages suivants : « The God of the Witches » [Le Dieu des sorcières], par Margaret Murray. « The Book of the Dead » [Le Livre des morts], traduit par Sir Wallis Budge. « The Golden Bough » [Le Rameau d’or], de Sir James Frazer, édition complète en plusieurs volumes. Dans ce dernier ouvrage monumental, vous trouverez notamment une étude détaillée des dieux païens transformés en « saints » et « martyrs » du calendrier romain. Revenons toutefois au dieu Pan. L’Église romaine combattit ses rites pendant plusieurs siècles. Les fêtes de Pan étaient orgiastiques — d’où leur popularité — et se célébraient aux équinoxes et aux solstices. Finalement, l’Église romaine fut contrainte d’incorporer ces fêtes à sa liturgie, après avoir constaté qu’il lui était impossible de les abolir ; et, avec une sagesse d’occasion, elle en fit les plus grandes fêtes du culte de « Notre Seigneur Jésus-Christ » : Pâques, Noël, la fête de saint Jean-Baptiste et la fête de saint Jean l’Apôtre. La réforme grégorienne déplaça ensuite « Noël », qui était au départ mobile comme Pâques et tombait au solstice ; et, après avoir absorbé le rituel orgiastique qui se tenait alors (il en reste des vestiges, par exemple le « baiser sous le gui » — autrefois, on ne s’en tenait pas à un simple baiser...), les prêtres romains fixèrent la date au 25 décembre. Depuis lors, les Romains, leurs dérivés ultérieurs et plusieurs ordres occultes apocryphes célèbrent à cette date la « résurrection » ou la « naissance » du Soleil ; cela parce que le solstice d’hiver est le moment où le Soleil, ayant atteint le maximum de sa déclinaison australe sur l’écliptique, entame son retour vers le nord, ramenant la chaleur qui renouvellera au printemps la vie végétale. Mais qui était, du point de vue initiatique, ce Pan ? Il était, comme tout dieu de toute terre et de toute époque de l’histoire du monde, l’une des formes sous lesquelles on a adoré soit le Soleil spirituel, le vrai Père, soit son Premier-Né, la « Bête »... Cette Bête varie selon la précession des équinoxes, car l’équinoxe de printemps se déplace, du fait de la dislocation du point vernal, d’un signe du zodiaque à l’autre environ tous les deux mille cinq cents ans ; et, dans le zodiaque, les signes sont toujours représentés alternativement sous forme humaine et sous forme animale. Le dieu Pan n’est donc qu’une ancienne formule du Logos, datant de l’Æon Cancer-Capricorne. Voici le loup-garou de la République du Monténégro réduit à ses justes proportions : un prêtre rapetissé jusqu’à la dimension de sa propre peur. Réduit ? Oui ; mais par l’initiation, pas par la soutane. « Two Essays on the Worship of Priapus » [Deux essais sur le culte de Priape], par Payne Knight. Bornons-nous ici à dire que c’était le dieu adoré par les « sorcières », lequel conserva ses rites orgiastiques malgré toutes les persécutions diaboliques, les calomnies absurdes et le risque très réel de mourir par le feu, la roue ou le couteau. À plusieurs reprises, au cours des derniers siècles, tel ou tel groupe de ces initiés tenta de rétablir ouvertement son culte. Chaque fois, l’Église romaine intervint avec une fureur qui ne laisse pas exactement deviner une conscience tranquille. Les bûchers, Dr G., ne furent pas allumés pour des vétilles de folklore rural. Ils servaient à détruire des survivances initiatiques. L’abattage, Dr G., incluait même des nouveau-nés... Et il ne s’agissait pas d’un évêque de Rome sincèrement égaré par une foi candide dans sa propre théologie grossière. Il n’en allait pas comme s’il croyait lui-même au récit qu’il administrait. N’oubliez pas que les documents originaux de ce que les Romains appellent le « christianisme » sont conservés dans la bibliothèque secrète du Vatican. Il serait fort simple, pour les très rares prélats qui y ont accès, de voir ce qu’il en est réellement. Parlons donc du présent — de ce temps de « réforme » et du « pape de la paix ». Rome a-t-elle changé ? Dr G., vous pensez certainement que cette réforme liturgique tant vantée, ce concile œcuménique si médiatisé, ces deux bulles du défunt « Jean XXIII » (en réalité Jean XXIV ; il y eut un moment dans l’histoire de la papauté où trois papes coexistèrent, et l’un d’eux, appelé Jean XXIII, dut renoncer lorsque les deux autres conclurent un pacte contre lui, peu avant qu’il ne mourût empoisonné — par l’initiative de qui, je vous laisse y réfléchir), rendront l’Église de Rome plus humaine, plus proche de Dieu et de son Logos ? Très bien. J’ai devant moi, au moment où j’écris, un manuel romain intitulé « Doctrine chrétienne ». Il est publié par les Éditions Paulines et porte le numéro 1 : il est donc destiné à l’endoctrinement des tout jeunes enfants. Puisque vous estimez que l’Église romaine constitue pour eux une bonne introduction à la vie adulte, considérez donc les passages suivants que je transcris de cet infâme petit livre (les parenthèses sont de moi) : J’aime mon catéchisme (auto-suggestion inconsciente). Le catéchisme m’enseigne le chemin du ciel (et, en contrepartie, celui de l’enfer). Le chemin du ciel consiste à connaître Dieu (par la bouche des prêtres), à aimer Dieu (selon la définition de l’amour donnée par des hommes qui jurent d’en éviter toute manifestation saine) et à obéir à Dieu (qui vous commande par la bouche de ses porte-parole, les prêtres, seuls intermédiaires légitimes ; les autres sont des serviteurs du Diable ; et si vous tentez de définir vous-même ce qu’est l’obéissance à Dieu, vous tombez dans l’orgueil, péché mortel). J’irai toujours à ma leçon de catéchisme afin d’apprendre le chemin du ciel (la menace voilée étant que, si vous n’y allez pas, vous finirez en enfer). J’étudierai toujours très soigneusement mon catéchisme (et il se trouve encore des gens pour dire que les communistes ont inventé le lavage de cerveau !). Ce qui précède n’est que l’introduction. Viennent ensuite ces remarquables « vérités » : Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre (et l’on commence déjà par se demander de qui il s’agit exactement, puisque le « Père » dont parle Jean le Baptiste n’a rien à voir avec cette caricature paternelle romaine). Je crois en Jésus-Christ, son fils unique, notre Seigneur (voilà l’interpolation centrale de toute l’affaire). Il a été crucifié, mis à mort et enseveli ; il est descendu aux enfers, le troisième jour il est ressuscité d’entre les morts, il est monté au ciel, il siège à la droite du Père tout-puissant, d’où il viendra juger les vivants et les morts (toujours cette théâtralité judiciaire de province impériale). Maintenant, prenez encore bonne note de ce qui suit : jadis, certains anges ont péché (et bien sûr ils expliquent ensuite ce qu’est le péché). Les mauvais anges sont appelés démons. Les mauvais anges habitent en enfer. L’enfer est un lieu où l’on souffre éternellement. Dieu a créé l’enfer pour punir les mauvais anges. Dieu nous a créés pour le connaître (version romaine), pour l’aimer et le servir en ce monde (comme si les parents faisaient des enfants parce qu’ils ont besoin d’esclaves — un être surhumain n’aurait guère pareil mobile...), puis pour aller être avec lui au ciel (chaque bon petit chien mérite sa récompense). Convenons-en : le créateur selon Rome manque singulièrement d’imagination. Mais la folie continue : Adam et Ève étaient heureux au paradis. Un jour, cependant, ils ont commis le péché. Qu’est-ce que le péché ? Le péché est une désobéissance volontaire à la loi de Dieu ou À LA LOI DE L’ÉGLISE (je souligne. Remarquez au passage l’habileté du dispositif : d’abord parce qu’ils ont eux-mêmes rédigé la « loi de Dieu » ; ensuite parce qu’ils écrivent eux-mêmes la loi de l’Église). Jésus est mort sur la croix pour nous sauver du péché (eux ne savent plus ce qu’est Jésus, et n’ont jamais su ce qu’est la croix). Dieu récompense les bons et punit les méchants. La récompense des bons est le ciel. Le châtiment des méchants est l’enfer. Le ciel et l’enfer NE FINIRONT JAMAIS (je souligne). Non seulement ce « Dieu » n’a aucune imagination, mais il n’a pas davantage de miséricorde — sans parler d’un quelconque sens de l’humour. Ce « Dieu » est un démon — façonné à l’image de ceux qui le prêchent ! Qui va au ciel ? Toute personne qui meurt sans péché grave va au ciel. Veuillez remarquer qu’il n’est nullement nécessaire, pour aller au ciel, d’être vertueux, joyeux, courageux, juste, honorable. Les vertus positives n’ont aucun sens pour les enfants « chrétiens à la romaine » ; il suffit de mourir sans « péché grave » pour aller au ciel. Relisez donc, Dr G., dans l’Apocalypse, chapitre III, vv. 14-22, ce que l’AMEN dit à l’Église de Laodicée. Qui va en enfer ? Toute personne qui meurt avec un péché grave va en enfer. De cette manière, les messieurs de Rome gardent le gâteau et le mangent aussi. Si vous n’êtes pas baptisé par eux à la naissance, vous êtes condamné au moins au purgatoire ; et si vous n’êtes pas absous par eux à la mort, vous êtes condamné au moins au purgatoire (rappelons que le purgatoire est une invention relativement récente, née quand certains commencèrent à trouver que Rome manquait un peu de charité envers les hommes ; au début, il n’y avait que l’enfer comme alternative au ciel). Et toute votre vie entre la naissance et la mort leur est entièrement subordonnée : communion, sacrement, confirmation, mariage, confession... Rappelez-vous bien, Dr G., que toute cette théologie qui menace de tourments éternels ceux qui ne l’acceptent pas, tout ce syndrome de répression, d’esclavage psychique et social, toute cette machination repose sur les mensonges délibérés et conscients des patriarches de Rome et d’Alexandrie. Ils pourraient vraiment se vanter : « Quantum nobis prodest haec fabula Christi ! » Mais, malheureusement pour eux, Dr G., il se trouve que le Christ n’est pas une fable ! Et le Verbe s’est fait chair, et il demeure en nous. Toi qui es moi, au-delà de tout ce que je suis, Toi qui n’as ni nature ni nom, Toi qui demeures quand tout sauf toi s’efface, Toi, centre et secret du Soleil, Toi, source cachée de tout ce qui est connu Et inconnu, toi seul, séparé, retiré, Toi, vrai feu dans le roseau, Coufant et engendrant, source et semence De vie, d’amour, de liberté et de lumière, Toi, au-delà de la parole et de la vue, C’est toi que j’invoque, mon feu faible et neuf, S’allumant à mesure que monte mon dessein. C’est toi que j’invoque, toi qui demeures, Toi, centre et secret du Soleil, Et ce très saint mystère Dont je suis le véhicule. Apparais, très terrible et très doux, Comme il est permis, dans ton enfant ! Les vers qui précèdent, Dr G., ont été écrits par Aleister Crowley, « l’homme le plus méchant du monde » selon les prêtres jésuites qui organisèrent la campagne de diffamation poursuivant son existence entière. Ils peuvent et doivent être chantés avec fierté par chaque enfant de la lumière — c’est-à-dire par chaque être humain, par chaque enfant de Dieu. Pensez-vous encore, Dr G., qu’une Église telle que Rome puisse, aux yeux d’hommes responsables et honorables, être laissée en charge de l’éducation des enfants ?... Dr G., tant que cette Église ne reconnaîtra pas publiquement ses crimes contre Dieu et contre l’homme ; tant qu’elle ne renoncera pas pour toujours à cette menace de l’enfer et à ce dogme du péché par lesquels les forces négatives opposées à l’évolution de l’humanité cherchent à empêcher les hommes et les femmes de devenir Dieu par l’acte sexuel (voir l’Évangile de « Jean », chapitre IV, vv. 13-16) ; tant qu’elle provoquera masturbation et repli narcissique chez ses prétendus prêtres, moines et nonnes, au lieu de leur permettre de se vivre librement comme homosexuels, comme ils le sont souvent, ou comme hétérosexuels, comme ils le sont parfois ; tant que l’évêque de Rome ne se reconnaîtra pas comme un parmi beaucoup et héritier d’un passé plus que faillible ; en bref, tant que l’Église romaine existera, Dr G. (car le jour où elle renoncera à toutes ses ignominies, elle cessera d’être « romaine » et fera enfin partie de la véritable Église catholique — l’humanité), à elle s’appliquent les paroles de Jon, le fils de lumière, qu’elle a pourtant copiées dans ses soi-disant Évangiles : « Méfiez-vous des faux prophètes, qui viennent à vous vêtus comme des agneaux, mais qui, au-dedans, sont des loups ravisseurs. Par leurs fruits vous les reconnaîtrez. Ce n’est pas quiconque me dit : Seigneur ! Seigneur ! qui entrera dans le royaume des cieux, mais celui-là seul qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux. Beaucoup me diront en ce jour-là : Seigneur ! Seigneur ! n’avons-nous pas prophétisé en ton nom, chassé les démons en ton nom, et accompli en ton nom bien des miracles ? Alors je leur dirai très clairement : je ne vous ai jamais connus. Éloignez-vous de moi, vous qui pratiquez l’iniquité. » « Matthieu », VII, vv. 15-23. Franchement, Dr G., je ne comprends pas comment un maçon, comment un homme raisonnable, comment un homme honorable peut, ne fût-ce qu’un instant, défendre une institution qui constitue une souillure dans l’histoire de l’humanité. Nous, véritables héritiers du Christ, avons été accusés de haïr l’Église de Rome. Dieu sait que nous ne la haïssons pas. Nous l’abhorrons et nous la méprisons avec l’intensité due à quelque chose qui n’est pas seulement vil en soi, mais qui souille tout ce qu’il y a de saint et de digne en l’homme. On dit que le diable fuit devant l’Église de Rome, et c’est vrai. Mais ce n’est pas qu’il la craigne ; c’est qu’elle lui répugne. Il ne sert à rien de proclamer les merveilleux effets du romanisme sur la civilisation occidentale. La vérité est exactement l’inverse. Rome a combattu toute réforme et tout progrès à chaque étape, ne les acceptant qu’au tout dernier moment, avant de prétendre ensuite — pour les naïfs — les avoir inventés. Le renouvellement des arts, des sciences et de la liberté humaine n’est jamais venu de Rome ; il est venu des maçons, des Arabes, des Juifs, de l’héritage païen remis au jour par la Renaissance, des protestants allemands, français et anglais, des invasions des pirates normands, voire des hordes tartares et turques ; jamais de Rome. Considérez l’évidence historique, Dr G. ! Pendant un millénaire, le système féodal, rendu odieux précisément par les abus dus à l’alliance de l’Église avec les seigneurs féodaux, a opprimé la population européenne. Puis vint la Réforme — et, dans le siècle qui suivit, le système avait pratiquement disparu. L’Angleterre catholique romaine était une petite île perdue sur la carte de l’Europe ; puis vint Henri VIII, qui expulsa les jésuites, fonda l’anglicanisme — et, en deux générations, l’Angleterre avait vaincu l’Espagne catholique, était devenue la première puissance navale du monde et se trouvait en voie de bâtir un empire plus puissant que celui des Césars. La France se décomposa sous les Valois catholiques ; puis vint Henri IV, qui protégea les huguenots et fut assassiné pour cela ; mais, dans le siècle suivant, la France de Louis XIV allait éblouir le monde. Les protestants colonisèrent l’Amérique du Nord ; comparez les progrès de la civilisation en Amérique du Nord avec ceux de l’Amérique centrale et du Sud, colonisées par les prêtres jésuites. Les pays du monde où, à l’heure actuelle, le dogme romain domine accusent un retard de cinquante à cent ans dans le progrès matériel ; et moralement, dans certains domaines, ils ont de cinq cents à mille ans de retard. Les pays protestants s’en tirent bien mieux. Malheureusement, même les protestants ne sont pas indemnes de la tache du « péché originel », ni du complexe de culpabilité, ni de la croyance en la nécessité du « salut », puisqu’ils utilisent eux aussi les « textes » évangéliques fabriqués par les Romano-Alexandrins ; et ce n’est pas pour rien qu’Ambrose Bierce — que beaucoup tiennent pour l’un des plus grands initiés américains — a écrit, dans son réaliste et inestimable Devil’s Dictionary, à l’entrée « Christian » : « J’ai rêvé que je me tenais sur une colline, et voici Que des multitudes pieuses allaient et venaient au-dessous, En habits du dimanche, dûment vêtues, Avec une mine dévote, convenablement triste, Tandis que toutes les cloches d’église faisaient un vacarme solennel — Un tocsin pour ceux qui vivaient dans le péché. Puis je vis, regardant pensivement vers le bas, Le visage tranquille tourné vers ce saint spectacle, Une haute silhouette maigre vêtue de blanc, Dont les yeux diffusaient une lumière mélancolique. “Que Dieu vous garde, étranger”, m’écriai-je. “Vous êtes, Sans doute (votre habit le montre), venu de loin ; Et pourtant j’ose espérer que vous, Comme ces braves gens, êtes aussi chrétien.” Il leva les yeux et, d’un regard si sévère Qu’il me fit rougir mille fois, Répondit — avec un dédain bien visible : “Quoi ! moi, chrétien ? Mais non. Je suis le Christ.” » Si vous souhaitez lire une magnifique étude psychologique du romanisme, Dr G., lisez L’Antéchrist de Nietzsche ; et partout où vous verrez le mot « chrétien », remplacez-le mentalement par « catholique romain ». Vous aurez l’Église de Rome exactement telle qu’elle est. Résumons donc, pour prendre congé, le contenu de cette lettre, Dr G. Tous les hommes sont enfants de Dieu. Tous sont capables de réaliser sur terre le Royaume des cieux, qui est en nous. Nous sommes tous membres du Corps de Dieu, nous sommes tous temples du Saint-Esprit ; et il suffit de purifier le temple — ce qui ne signifie pas se castrer, physiquement ou psychologiquement — pour que la Présence se manifeste. Il n’existe pas de « Jésus, fils unique de Dieu » qu’il faudrait adorer ; et quiconque soutient une telle possibilité trompe ou se trompe. Il est écrit dans les « Évangiles » : vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres. Et il est également écrit, dans les saints originaux blasphémés et trahis par les Romano-Alexandrins, que Jon, regardant la multitude avec le sourire et ouvrant les bras, s’écria : Vous êtes la Voie, et la Résurrection, et la Vie ! Car il est éternellement vrai que le Verbe se fait chair ; et en cet instant même, il demeure en nous. L'amour est la Loi, l'amour sous la volonté.
Note bibliographique et addenda à la « Lettre à un maçon brésilien » par Marcelo Ramos MottaNote bibliographiqueCette lettre a été écrite le 9 juillet 1963 e.v., 60 o.m., et adressée à un maçon osirien, le docteur Luiz Gastão da Costa de Souza, qui exerçait à Petrópolis, dans l’État de Rio de Janeiro. Un autre maçon osirien et ancien aspirant, Euclydes Lacerda de Almeida, nous a dit par la suite que le Dr Gastão avait soigneusement conservé la lettre, mais s’était abstenu de la montrer aux autres maçons. Après le 1er avril 1964 e.v., cette lettre fut copiée au carbone par son auteur et distribuée au hasard dans les rues de Rio de Janeiro à quiconque lui semblait devoir la recevoir. Sa deuxième version fut considérablement augmentée par des sections bibliographiques et historiques. Le présent document représente la troisième version, et — je l’espère — la version définitive. La lettre originale se terminait par les mots suivants : "Dr Gastão, nous traversons l’un des moments les plus graves de l’histoire de l’humanité. Des quatre coins du monde, les forces les plus horribles, les plus maléfiques et les plus inanimées concentrent leurs attaques contre les hommes de Dieu, de justice et de vérité. Les communistes incarnent l’un des aspects de ces forces ; les religions organisées du dernier Æon en incarnent un autre. À l’heure actuelle, rares sont les hommes qui conservent le contact avec les plans spirituels. Néanmoins, j’élève ma voix dans la prophétie et je vous dis : Voici l’obscurité du passage d’Æon. Dans le nouvel Æon, les chèvres organiseront l’Église. La franc-maçonnerie est la clef du Temple de Dieu. Je vous l’ai dit lorsque nous nous sommes rencontrés : si les francs-maçons du Brésil avaient tenté de purger honnêtement la franc-maçonnerie des forces mauvaises qui cherchent à s’y infiltrer ; s’ils s’éveillaient une fois encore au combat spirituel et à la bataille civique, ils auraient tout le soutien nécessaire. L’Œil est encore dans le Triangle. “MAIS SI VOUS FAITES PACTE AVEC LE DIABLE, L’ŒIL SE FERMERA SUR VOUS.” "Il n’est pas possible d’être à la fois maçon et catholique. Il n’est pas possible d’être marxiste et maçon. Il n’est pas possible d’être maçon sans être chrétien. "Barricadez vos loges ! Sans cela, l’énergie spirituelle qui s’y rassemble se dissipera (c’est pourquoi votre secret est votre force). Servez le Brésil avant toute autre chose, au-dessus de toute autre nation ; vous êtes brésiliens et la charité commence chez soi. Donnez de votre surplus aux pauvres, mais pas de vos biens. Soyez de vrais maçons : des maçons dignes de vos prédécesseurs ; des maçons dignes de ceux qui ont promu l’indépendance du Brésil, la République et le Second Empire. N’ayez jamais peur de lutter pour la vérité et la justice, et pardonnez à vos adversaires — même lorsqu’ils remportent d’abord la victoire ! Ne remerciez pas l’Église de Rome pour des concessions qu’elle ne fait pas en réalité. Ô Frater, nous sommes tous frères ; ces “concessions”, vous les avez déjà arrachées vous-mêmes ; n’entendez-vous pas le gémissement de douleur ? Ne voyez-vous pas l’océan de sang, n’apercevez-vous pas la légion des martyrs maçonniques, ne sentez-vous pas encore la lumière du feu ? L’Église de Rome n’a jamais fait de concessions d’ordre théologique sinon pour des motifs économiques et politiques. Au contraire, elle s’est toujours alliée aux tyrans contre les opprimés, et elle s’alliera aussi aux marxistes, si nécessaire, pour vous combattre. Mais soyez fidèles à l’Œil, et l’Œil vous servira. “Tout le progrès de l’humanité, toute protection de la science pure, toute tolérance religieuse qui existe dans le monde actuel est le résultat du travail des maçons ! N’oubliez jamais cela ! Ne remerciez pas un ennemi occulte pour quelque chose qu’il n’a jamais fait, mais que vous avez remporté au prix de nombreux sacrifices et grâce au patient travail d’autres hommes responsables. “Je le répète : soyez dignes de l’Œil, sinon l’Œil se fermera sur vous.”" Le 1er avril 1964 e.v. ne se serait pas produit si les francs-maçons avaient suivi les conditions de cette prophétie. Au lieu de cela, la franc-maçonnerie brésilienne a, dans les années qui suivirent cette lettre, reculé de la manière suivante :
Vu l’inaction des maçons et leur inertie, la prophétie de la lettre s’est accomplie d’elle-même et continue de s’accomplir. Par conséquent, la franc-maçonnerie brésilienne ne survit maintenant que dans l’O.T.O. et dans l’ordre de Thelema. Nous ne reconnaissons aucun mouvement maçonnique de l’ancien Æon. À qui sait entendre, un demi-mot suffit ; à qui n’écoute pas, un million de discours ne servent à rien. Il n’y a pas d’autre loi que Fais ce que tu voudras.
Phénomène-O.T.O. Page de navigation | Toutes les traductions françaises | E-mail Peter-R. Koenig | Quoi de neuf ? |
|
|
|
|